(AfriquesPlus) À trois heures du Cap, Barrydale s’impose progressivement comme un refuge pour les artistes sud-africains et internationaux. Entre montagnes, sources thermales, vastes paysages du Karoo et atmosphère paisible, cette petite ville attire peintres, sculpteurs, artisans et créateurs, tout en cherchant à préserver son identité.
Ce qui séduit d’abord les artistes, c’est l’espace et la tranquillité. Sue Melville, copropriétaire du Karoo Art Hotel, décrit Barrydale comme une véritable « page blanche », où l’immensité du ciel, les montagnes et la nature offrent un environnement propice à la création.
Depuis plusieurs années, des ateliers artistiques y sont organisés. La professeure d’arts plastiques Cathy Miller accueille notamment des artistes pour des stages consacrés aux techniques de peinture. Barrydale est ainsi devenue une destination régulière pour des créateurs venus de différentes régions d’Afrique du Sud et de l’étranger.
La ville compte aujourd’hui une quinzaine, voire une vingtaine d’ateliers d’art, selon Rick Melville. Pour le copropriétaire du Karoo Art Hotel, cette concentration s’explique aussi par l'atmosphère du village : une communauté paisible, accueillante et suffisamment petite pour conserver une véritable convivialité.
Le recyclage au service de la création
Parmi les artistes qui ont choisi de s'y installer figure Scott Hart, présent à Barrydale depuis 22 ans. Membre du collectif Magpie, il développe une démarche artistique fondée sur la récupération et le « surcyclage ».
Son équipe transforme notamment des bouteilles en plastique PET en œuvres d’art. Certaines créations ont connu une visibilité internationale, comme un lustre réalisé à partir de bouteilles recyclées et installé à la Maison-Blanche sous la présidence de Barack Obama.
Le collectif travaille actuellement sur un projet comprenant plus de 400 poissons fabriqués à partir de bouteilles en PET, destinés à une destination touristique de Tsitsikamma.
L’art comme outil d’émancipation de la jeunesse
À Barrydale, la création artistique ne concerne pas seulement les artistes professionnels. L'ONG Just For Fun, dirigée par Donna Kouter, utilise l'art et l'artisanat pour aider les enfants et les jeunes de la communauté à développer leur imagination et leur confiance en eux.
L’organisation accorde une place particulière au théâtre de marionnettes. Les jeunes fabriquent leurs propres marionnettes, apprennent à les manipuler et participent à la préparation d’un grand défilé organisé en fin d’année.
Pour Donna Kouter, cette démarche permet aux jeunes de développer leur imagination et de découvrir des univers auxquels ils ont parfois difficilement accès, notamment le théâtre.
Une nature qui attire aussi les visiteurs
Barrydale ne vit toutefois pas uniquement de son art. La ville bénéficie également d'un environnement naturel exceptionnel. Les visiteurs peuvent y pratiquer la randonnée, se baigner dans les environs du col de Tradouw, situé à quelques kilomètres, ou découvrir les sources thermales de Warmwaterberg.
La ville possède également de nombreuses boutiques d’antiquités et une offre culturelle qui complète son attrait touristique.
Mais cette nouvelle popularité suscite aussi une certaine prudence. Graham Abbott, organisateur d’événements, redoute que l'afflux de nouveaux habitants et la gentrification ne finissent par modifier le caractère de Barrydale.
Le défi pour le petit village du Karoo est désormais de grandir sans perdre son âme. Car c'est précisément son calme, son authenticité, sa nature et son atmosphère particulière qui ont permis à l'art d'y prendre racine.
Barrydale est aujourd'hui bien plus qu'une petite ville sur la route de la Garden Route : c'est devenu un véritable laboratoire artistique à ciel ouvert, où la créativité semble trouver un terrain idéal pour s'épanouir.