(AfriquesPlus) - À Johannesburg, le cirque ouvre de nouvelles perspectives à des jeunes issus notamment des townships. À travers la formation, la pratique artistique et l’accès à des opportunités professionnelles, plusieurs structures cherchent à faire du spectacle vivant un véritable tremplin vers l’autonomie.
À quelques mètres du sol, Brian Ngobese s’élance depuis un cerceau aérien sous les applaudissements du public. À 29 ans, cet artiste originaire du township d’Alexandra, à Johannesburg, voit dans le cirque bien plus qu’une passion : une profession et un moyen de montrer que les jeunes issus de quartiers défavorisés peuvent eux aussi trouver leur place dans le monde artistique.
« Nous voulons simplement montrer que nous pouvons nous en sortir », explique-t-il.
Son parcours a commencé dans la danse. En 2019, une audition au Joburg Theatre l’oriente vers le cirque. Il rejoint ensuite The Cirk, une compagnie professionnelle de Johannesburg, où il exerce comme artiste.
La Jozi Circus School intervient dans son parcours en assurant la formation et l’accompagnement de jeunes souhaitant se spécialiser dans les disciplines circassiennes. The Cirk* de son côté, constitue le cadre professionnel dans lequel des artistes comme Ngobese peuvent se produire et développer leur carrière.
De la formation à l'autonomie
Le parcours repose sur plusieurs étapes : découverte d’un talent, apprentissage des techniques, expérience sur scène et accès à des opportunités dans le secteur culturel.
La Jozi Circus School accompagne principalement la phase de formation, tandis que The Cirk permet aux artistes confirmés de participer à des créations professionnelles. Le Joburg Theatre, quant à lui, est le lieu où Brian Ngobese avait notamment passé l’audition qui l’a conduit vers cette nouvelle discipline.
Cette démarche prend une résonance particulière en Afrique du Sud, où l’accès au travail reste difficile pour les jeunes. Selon Statistics South Africa, le chômage concernait en 2025 environ 45 % des Sud-Africains âgés de 18 à 34 ans.
La création présentée à Johannesburg mêle danse, acrobaties aériennes, cerceaux, tissus et costumes flamboyants. Elle raconte l’histoire d’une « petite étoile » qui traverse océans et terres imaginaires à la recherche de ce qui lui permettra de briller.
Pour les artistes, cette histoire fait aussi écho à leur propre parcours : trouver leur voie, développer leurs capacités et faire de leur talent une source d’autonomie.
Dépasser la peur et les préjugés
Parmi les artistes figure Zenzele Letsoela, 38 ans. Formé au ballet et au pantsula, il s’est progressivement tourné vers l’acrobatie aérienne. Une discipline qui l’a notamment obligé à affronter sa peur du vide.
« J’ai appris à travailler avec cette peur », témoigne-t-il.
Pour lui comme pour Brian Ngobese, les obstacles ne sont pas uniquement techniques. Les deux artistes évoquent également les préjugés auxquels ils peuvent être confrontés dans un milieu où la présence d’artistes noirs dans certaines disciplines du cirque reste peu habituelle.
Letsoela raconte ainsi avoir été interrogé par certains spectateurs sur la couleur de sa peau, certains allant jusqu’à lui demander s’il s’agissait de maquillage.
« C’est très rare de voir une personne de couleur pratiquer ce type de spectacle », affirme-t-il.
Une voie pour les jeunes des townships
Dans la salle, Nolandu et Zanda Mboye, venus assister à la représentation, apprécient notamment les costumes, les personnages et les performances des artistes.
Pour Brian Ngobese, Zenzele Letsoela et leurs partenaires, ces représentations constituent l’aboutissement d’un parcours d’apprentissage et une occasion de valoriser leur savoir-faire.
Au-delà du divertissement, le cirque offre ainsi à ces jeunes un espace pour se former, s’exprimer et construire leur avenir dans le secteur culturel**. Une manière aussi de montrer que les talents issus des townships peuvent trouver leur place dans des disciplines longtemps perçues comme éloignées de leur quotidien.