(AfriquesPlus) - Une correspondance datant de 1847 apporte de nouveaux éléments sur la poursuite clandestine de la traite des Africains vers la Guyana, plusieurs années après l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique. Dans un article publié ce 23 août 2026, le quotidien britannique The Guardian, sous la plume de Chris Osuh, révèle qu’une entreprise liée à de grandes familles britanniques ayant bénéficié des indemnisations versées aux propriétaires d’esclaves aurait continué cette activité illégale.
Le document, adressé au bureau londonien de Sandbach Tinne and Company par Peter Miller Watson, responsable des intérêts de la société à Demerara, mentionne l’arrivée en Guyana du Parker, un navire appartenant à la compagnie, avec plusieurs centaines d’Africains décrits comme une « cargaison ». Le courrier recense notamment des hommes, des femmes et des dizaines d’enfants, dont certains âgés de moins de quatre ans. Deux enfants et un homme seraient morts pendant la traversée.
Ces éléments sont présentés dans le livre Searching for My Slave Roots de Malik Al Nasir, consacré à ses recherches sur l’histoire de sa famille. Selon l’auteur, le vocabulaire employé dans la lettre, notamment la qualification des personnes comme « cargo » et la référence à leur état de santé comme une perte de propriété, permet de conclure à un trafic clandestin d’esclaves plutôt qu’au transport de travailleurs sous contrat ou d’Africains libérés par la Royal Navy.
L’affaire prend une dimension particulière en raison des liens de Sandbach Tinne avec les familles Sandbach, Tinne et Gladstone, fortement impliquées dans le commerce sucrier de Demerara et de la Jamaïque. Ces familles avaient déjà obtenu d’importantes compensations financières après l’abolition de l’esclavage en 1833. Le système d’indemnisation avait alors bénéficié aux propriétaires d’esclaves, tandis que les personnes réduites en esclavage n’avaient reçu aucune compensation.
L’article rappelle également que l’abolition britannique n’avait pas totalement mis fin au trafic transatlantique. Malgré la présence de la West Africa Squadron, chargée d’intercepter les navires négriers, une grande partie des embarcations impliquées dans la traite échappaient encore au contrôle britannique. Des réseaux clandestins auraient notamment continué leurs activités au sud de l’équateur.
Les nouvelles recherches doivent alimenter le projet « Overwriting-Underwriting », lancé au Museum of Liverpool pour étudier les réseaux financiers qui ont soutenu l’esclavage et en prolongent les héritages. Le programme s’appuie notamment sur les travaux de Malik Al Nasir et de la chercheuse Lucy Moynihan sur les archives commerciales et assurantielles liées à la traite.
L’enquête de The Guardian replace ainsi la découverte dans une réflexion plus large sur les responsabilités économiques et financières liées à l’esclavage, mais aussi sur la manière dont les archives peuvent encore documenter les mécanismes de la traite après son abolition officielle.