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Bélizaire ou l’effacement d’un visage noir dans l’imaginaire américain
Pendant des décennies, le tableau Bélizaire and the Frey Children a semblé ne montrer que trois enfants blancs. Une restauration a révélé qu’un jeune homme noir, réduit en esclavage, avait été volontairement effacé de la composition
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=n60NTrKs-wc

(AfriquePlus) - Pendant plus d'un siècle, un tableau du XIXe siècle représentant trois enfants blancs dans un paysage de Louisiane a caché un secret sous une simple couche de peinture imitant le ciel. Ce n'est qu'au terme d'une restauration menée en 2005 que la silhouette dissimulée a refait surface : celle d'un jeune homme réduit en esclavage. L'œuvre, intitulée Bélizaire and the Frey Children, appartient aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art, rapporte The New York Times dans un article de sa rubrique pédagogique The Learning Network publié en 2023.

Ce qui distingue ce tableau, souligne le journal en citant la journaliste Alexandra Eaton, tient à la manière dont Bélizaire y est représenté : le jeune homme d'ascendance africaine occupe la position la plus élevée de la composition, appuyé contre un arbre juste derrière les enfants Frey. Bien qu'il demeure séparé des enfants blancs, le peintre l'a doté d'une posture affirmée, de joues rosies et d'une forme d'intériorité rarement accordée à une figure noire dans la peinture de cette période.

Le New York Times rappelle que l'acquisition de cette toile par le Met s'inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation muséale, accéléré depuis le mouvement Black Lives Matter. Lors de la réouverture des galeries européennes du musée en 2020, des cartels ont été ajoutés pour souligner la présence de personnes africaines en Europe et évoquer des enjeux de racisme jusque-là passés sous silence. 

Dans l'aile consacrée à l'art américain, dont la présentation avait longtemps offert, selon la conservatrice citée par le journal, une vision « romancée » de l'histoire artistique du pays, un portrait présidentiel emblématique a lui aussi été repensé : celui peint par John Trumbull en 1780, représentant George Washington aux côtés de William Lee, l'homme qu'il réduisait en esclavage. Jusqu'en 2020, seul le nom de Washington figurait sur le cartel ; celui de Lee y a depuis été ajouté. Le New York Times note toutefois une différence notable avec Bélizaire : Lee y apparaît relégué en marge de la composition, dépourvu de toute expression ou humanité perceptible.

L'histoire de la redécouverte du tableau doit beaucoup à Jeremy K. Simien, collectionneur d'art originaire de Baton Rouge. Selon le récit du New York Times, tout commence en 2013 lorsqu'il tombe en ligne sur une image de l'œuvre restaurée, montrant les quatre personnages. Intrigué, il poursuit ses recherches et finit par exhumer un cliché plus ancien, datant de 2005, pris après que le tableau eut été déclassé par le Musée d'art de la Nouvelle-Orléans et mis aux enchères chez Christie's. Il s'agissait bien de la même toile, mais l'enfant noir en avait disparu, littéralement repeint hors du cadre. « Le fait qu'il ait été recouvert m'a hanté », confie Simien au journal.

Le quotidien new-yhorkais pose une série d'interrogations que le film documentaire associé à l'article invite les lecteurs, notamment les plus jeunes, à explorer : qui était réellement cet enfant asservi ? Qui a choisi de faire disparaître sa figure sous la peinture ? Et pourquoi cette toile a-t-elle langui pendant des décennies entre greniers et sous-sols de musée avant de connaître une reconnaissance aussi tardive que spectaculaire ?

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