Après quatre années marquées par la pandémie de Covid-19, les coups d’État, la montée du terrorisme et le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Omar Alieu Touray s’apprête à quitter la présidence de la Commission de la Cédéao. Selon l’Agence de presse africaine (APA), son mandat aura été l’un des plus éprouvants de l’histoire récente de l’organisation régionale.
Arrivé à la tête de la Commission en juin 2022, le Gambien a pris ses fonctions dans un contexte économique encore fragilisé par la pandémie. Dans une vidéo diffusée par la Cédéao, il a rappelé que son équipe avait hérité d’États membres confrontés aux conséquences économiques de la crise sanitaire, mais aussi à des transitions politiques au Mali, au Burkina Faso et en Guinée.
À ces difficultés se sont ajoutées la progression du terrorisme, du banditisme et de la criminalité organisée, ainsi que les effets du changement climatique. L’institution elle-même traversait une période de restructuration, avec le passage de 15 à 7 commissaires et près de 500 postes vacants, rapporte l’APA.
Mais c’est surtout la crise politique et institutionnelle provoquée par les changements de pouvoir au Sahel qui aura profondément marqué ces quatre années. Après les tensions avec la Cédéao, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont finalement quitté l’organisation pour former, avec la Confédération des États du Sahel (AES), un nouvel espace de coopération régionale.
Malgré cette rupture, la Commission Touray a poursuivi ses efforts en faveur de l’intégration régionale, notamment dans les domaines de la libre circulation, des infrastructures, de l’intégration économique et de la coopération sécuritaire.
Le 1er septembre, le général sénégalais Birame Diop prendra officiellement la tête de la Commission. Reçu jeudi à Dakar par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, président en exercice de la Cédéao, il a évoqué les principaux dossiers de son futur mandat.
Le lancement de l’ECO, le renforcement du financement communautaire et la facilitation de la circulation des personnes et des biens figurent parmi les priorités. La mise en œuvre effective de la brigade régionale de lutte contre le terrorisme constitue également un chantier majeur.
Mais le dossier le plus sensible pourrait rester celui des relations avec les pays de l’AES. La future Commission devra trouver les moyens de maintenir, voire de reconstruire, les liens avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, dont le départ a profondément redessiné l’espace ouest-africain, souligne l’Agence de presse africaine (APA).
La crise politique en Guinée-Bissau, pour laquelle le Sénégal a été désigné facilitateur, s’ajoute à cette liste de dossiers urgents.
Le passage de témoin entre Omar Alieu Touray et Birame Diop intervient donc à un moment charnière : fragilisée par les divisions politiques et le recul de son espace institutionnel, la Cédéao doit désormais tenter de préserver son projet d’intégration dans une Afrique de l’Ouest profondément recomposée.