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Changement climatique : au Soudan, l’art ancestral du henné menacé
La pénurie d’eau, l’évolution des conditions climatiques et la guerre qui ravage le pays depuis trois ans perturbent la production et l’approvisionnement en henné.
 

(AfriquesPlus) -  Au Soudan, le henné, bien plus qu’un simple produit cosmétique, est au cœur d’une tradition séculaire profondément ancrée dans les cérémonies de mariage. Mais la pénurie d’eau, les effets du changement climatique et les conséquences de trois années de guerre fragilisent aujourd’hui toute la filière, de la culture de la plante jusqu’aux salons de beauté. Pour les femmes soudanaises, cette menace dépasse la seule question économique : c’est une partie de leur patrimoine culturel et de leur identité qui se trouve fragilisée.

 Une tradition séculaire confrontée à une crise sans précédent

Depuis des siècles, le henné accompagne les grandes étapes de la vie sociale au Soudan, particulièrement les cérémonies nuptiales. La plante, dont les feuilles permettent de produire le célèbre colorant, occupe une place particulière dans les préparatifs des mariages et dans les pratiques de beauté féminines.

Aujourd’hui, cette tradition est mise à rude épreuve. La pénurie d’eau, l’évolution des conditions climatiques et la guerre qui ravage le pays depuis trois ans perturbent la production et l’approvisionnement en henné.

Dans les salons de beauté comme dans les zones agricoles, les conséquences se font sentir. L’accès de plus en plus difficile à la matière première menace directement une pratique considérée comme un véritable rite de passage.

À Al-Damer, dans le nord du Soudan, Omnia El Sayyed, propriétaire d’un salon de beauté, souligne la dimension identitaire de cette tradition. « Le henné soudanais est une forme de parure et une carte de visite mondiale pour les femmes soudanaises », explique-t-elle, estimant qu’il constitue une caractéristique distinctive de leur identité et un héritage transmis de génération en génération.

Pour elle, le henné représente à la fois les coutumes ancestrales, la féminité et un patrimoine culturel profondément enraciné dans la société soudanaise.

 De la guerre à la crise de l’approvisionnement

La guerre a également profondément bouleversé la filière. Les difficultés économiques, la désorganisation de l’agriculture et les problèmes de transport rendent l’approvisionnement beaucoup plus complexe.

Avant le conflit, une partie de la production était exportée directement depuis Omdurman vers plusieurs destinations internationales. Désormais, les circuits commerciaux ont été fortement perturbés.

Mohamed Ramadan, propriétaire d’une usine de henné, explique que les produits soudanais passent désormais notamment par l’Égypte. Les exportations directes via le Tchad sont devenues rares en raison des difficultés rencontrées sur les routes.

Cette désorganisation des circuits commerciaux intervient alors que la production locale elle-même est confrontée à d’importantes difficultés. La diminution de l’offre entraîne une hausse des coûts et fragilise davantage les acteurs de la filière.

 L’eau, principal obstacle des cultivateurs

Dans les zones de production, le problème le plus immédiat demeure cependant l’accès à l’eau.

Les cultivateurs de henné du nord du Soudan sont confrontés à une irrigation devenue particulièrement imprévisible. L’eau arrive à des intervalles de plus en plus longs et peut manquer précisément au moment où les plantes en ont le plus besoin.

Abdallah Mohammed, cultivateur de henné, décrit une situation devenue préoccupante : « L’accès à l’eau est le principal obstacle qui limite notre production et provoque la sécheresse. L’eau arrive à de longs intervalles et vient à manquer justement au moment où nous en avons le plus besoin. »

Face à ces difficultés, les agriculteurs demandent aux autorités d’intervenir sur les infrastructures d’irrigation, notamment à travers le déblayage et l’entretien des canaux.

La question de l’eau devient ainsi déterminante pour l’avenir de la production. Sans irrigation régulière, les cultivateurs ne peuvent garantir des récoltes suffisantes, alors même que la demande liée aux traditions et aux activités commerciales demeure importante.

 Un produit cosmétique, mais surtout un symbole culturel

La fragilisation du henné ne concerne toutefois pas uniquement une activité agricole ou commerciale. Dans la société soudanaise, le henné possède une dimension sociale et spirituelle qui lui confère une importance particulière.

Lors des mariages, son application fait partie des rituels qui accompagnent la future mariée. Les motifs réalisés sur les mains et les pieds participent aux cérémonies et symbolisent l’entrée dans une nouvelle étape de la vie.

Le henné est donc à la fois une parure, un rite de passage et un symbole de l’union conjugale. Sa disparition ou sa raréfaction constituerait, pour les personnes attachées à cette tradition, une perte qui dépasserait largement le cadre économique.

 Le changement climatique ajoute une pression supplémentaire

À la guerre et aux difficultés économiques s’ajoute désormais la pression du changement climatique. Les cultivateurs doivent composer avec des conditions météorologiques moins prévisibles et des ressources hydriques plus difficiles à maîtriser.

Cette combinaison de facteurs crée une situation particulièrement délicate pour une filière déjà fragilisée. La production agricole diminue, les coûts augmentent, les circuits d’exportation sont perturbés et les cérémonies traditionnelles doivent elles aussi composer avec la raréfaction du produit.

Le cas du henné illustre ainsi une conséquence moins visible des crises climatique et sécuritaire : l’érosion progressive de pratiques culturelles profondément enracinées dans les sociétés.

 Préserver une tradition au-delà de la filière agricole

Pour les femmes soudanaises qui continuent de défendre le henné nuptial, l’enjeu est donc autant culturel qu’économique. Préserver cette tradition suppose de garantir la disponibilité de la plante, mais aussi de permettre aux agriculteurs de produire dans de meilleures conditions.

La remise en état des systèmes d’irrigation, l’entretien des canaux et la sécurisation des circuits d’approvisionnement apparaissent comme des éléments essentiels pour maintenir la production.

Dans un pays meurtri par la guerre et confronté à des difficultés environnementales croissantes, le henné raconte ainsi une autre dimension de la crise soudanaise : celle d’un patrimoine culturel menacé par la conjonction du conflit, de la pénurie d’eau et des bouleversements climatiques.

Et derrière les motifs dessinés sur les mains des futures mariées, c’est toute une mémoire collective que les Soudanaises cherchent aujourd’hui à préserver.

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