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Comment Ebola a échappé à tout contrôle en RDC
Deux mois pour atteindre 2 000 cas, là où l'épidémie précédente en avait mis dix. Un virus rare, détecté trop tard, dans une région en guerre et sans vaccin disponible
 

(AfriquesPlus) - L'épidémie d'Ebola en cours en République démocratique du Congo est désormais la deuxième plus meurtrière jamais recensée dans le monde, derrière celle qui a ravagé l'Afrique de l'Ouest en 2014-2016, selon un décryptage de Reuters signé Clement Bonnerot et Jessica Donati, publié le 17 août 2026. 

Détection tardive, équipes de surveillance débordées, conflit armé et absence de vaccin contre la souche en cause... Retour sur les facteurs qui ont permis au virus de distancer les efforts de confinement, d'après l'agence de presse britannique.

Le cap funeste a été franchi dimanche. Les données officielles ont montré que le nombre de morts confirmées dépassait le bilan de l'épidémie de 2018-2020, jusqu'ici la plus grave qu'ait connue le pays, rapporte Reuters.

Selon les responsables sanitaires, la flambée actuelle se propage cinq fois plus vite que les précédentes au même stade en RDC. Les derniers chiffres publiés dimanche font état de 4 945 cas confirmés, dont 2 325 décès. À titre de comparaison, l'épidémie de 2018-2020 s'était soldée par 3 481 cas et 2 299 morts en deux ans : il avait alors fallu plus de dix mois pour atteindre 2 000 cas confirmés, contre environ deux mois cette fois, souligne l'agence. Seule l'épidémie d'Afrique de l'Ouest (plus de 28 000 cas et 11 000 morts au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone, selon l'OMS) reste plus meurtrière.

Un virus parti avec de l'avance

L'épidémie est due à la rare espèce Bundibugyo du virus, qui a circulé sans être détectée pendant des mois avant l'annonce officielle de la flambée en mai, explique Reuters. Les premiers cas ont été manqués (certains diagnostiqués à tort comme des péritonites) et les pratiques funéraires locales ont favorisé la diffusion du virus avant même toute alerte, continuant depuis de saper la riposte.

Autre couac : les soignants se sont d'abord appuyés sur des tests conçus pour une autre espèce d'Ebola, et des échantillons envoyés à Kinshasa ont été mal manipulés, selon l'agence. Un rapport publié en juillet dans la revue à comité de lecture Science a conclu que l'épidémie avait débuté au moins dès janvier, à la périphérie de la ville minière de Mongbwalu.

Les équipes de surveillance n'arrivent plus à suivre. L'OMS estimait en juillet qu'environ 80% des nouvelles infections survenaient en dehors des chaînes de transmission connues, signe que la plupart des cas ne sont repérés qu'après une diffusion rapide du virus dans les communautés, note Reuters.

Signal inquiétant : le taux de létalité est passé d'environ 20% début juin à 47%, selon les données gouvernementales. Cela ne signifie pas que le virus est devenu plus mortel, nuancent les experts cités par l'agence : le chiffre initial était sans doute sous-estimé, et sa hausse traduit surtout une détection toujours trop tardive des cas.

Les coupes dans l'aide internationale ont aggravé la situation. L'agence américaine USAID était sur le point d'attribuer en 2025 un contrat quinquennal de surveillance sanitaire en RDC lorsqu'elle a été brutalement démantelée, a confié à Reuters Tom Van Boven, responsable de l'équipe sécurité sanitaire mondiale. 

Ni vaccin ni traitement

À la mi-juillet, l'OMS n'avait reçu que moins de la moitié des fonds nécessaires pour combattre la flambée dans l'est du pays, tandis que des soignants ont protesté contre des salaires impayés, ajoute la même source.

Contrairement à l'espèce Zaïre, plus répandue et à l'origine de l'épidémie de 2018-2020, la souche Bundibugyo ne dispose d'aucun vaccin homologué ni d'aucun traitement éprouvé, rappelle Reuters. La plupart des vaccins développés ces dix dix années ciblaient l'espèce Zaïre. Quelques vaccins et thérapies expérimentaux sont en cours d'évaluation, et les autorités sanitaires mondiales examinent si les traitements existants pourraient offrir une protection, mais les preuves se limitent pour l'instant à des études animales.

La flambée se concentre dans l'est de la RDC, une région en proie à la violence depuis des décennies : les combats retardent l'accès aux communautés, perturbent l'acheminement du personnel et du matériel et compliquent le traçage des contacts, décrit Reuters. Les attaques contre des hôpitaux et des équipes de santé se poursuivent, mettant en danger les intervenants.

La région se trouve en outre sur de grands axes commerciaux et migratoires, entre villes, camps de déplacés et pays voisins. En juin, Reuters avait fait état de dizaines de morts suspectes liées à Ebola dans un camp de déplacés, nourrissant la crainte d'une transmission au sein de populations mobiles et difficiles à suivre.

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