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Comment le basketball et le football ont servi la domination coloniale en Afrique de l'Ouest
Longtemps pensé comme un loisir réservé aux colons, le basketball est devenu, dans l'Afrique occidentale française des années 1930, un espace de rivalité entre autorités coloniales et sportifs locaux. Les archives du magazine Bingo éclaire ce basculement
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=Kj4BmGHtLqY

(AfriquesPlus) - Dans la dernière édition de l'émission hebdomadaire Défrichage, diffusée tous les mardis et mercredis sur la chaîne Histoires Crépues, les chroniqueurs Seumboy et Yvana se penchent sur l'histoire du sport dans l'ancienne Afrique occidentale française (AOF), ce vaste ensemble regroupant notamment le Sénégal, le Bénin, le Burkina Faso et la Mauritanie sous administration française. Leur point de départ : les pages sportives du magazine Bingo, premier illustré conçu par un Africain — l'écrivain sénégalais Ousmane Socé Diop, figure du mouvement de la négritude — à destination d'un lectorat africain.

Dès son premier numéro, publié en mars 1953, Bingo consacre un dossier au basketball, alors très populaire à Dakar. Les animateurs y relèvent une photographie opposant une sélection sénégalaise, présentée sous l'étiquette « AOF », à une équipe française dite « métropolitaine ». Le duo retrace l'origine de ce sport dans la colonie jusqu'au club dakarois Jean d'Arc, fondé en 1921 par un père spiritain : d'abord simple patronage catholique voué à l'évangélisation par l'activité physique, avant de se laïciser et de se structurer en club officiel. Un cheminement qui, selon les deux chroniqueurs, illustre comment les Européens ont d'abord importé ces disciplines pour leur propre usage avant de les transformer en outil d'encadrement des populations colonisées.

L'émission s'attarde également sur la légende accompagnant les photos de Bingo, qui présente le basketball comme le sport « répondant le mieux aux qualités naturelles de la race africaine ». Une formule que les deux chroniqueurs analysent comme relevant d'un cliché racial de l'époque, dont ils notent la persistance dans certains discours contemporains sur le sport. Ils soulignent par ailleurs que le texte du magazine met surtout en avant la victoire, jugée nette, de l'équipe métropolitaine.

S'appuyant sur des travaux universitaires et des articles postérieurs, les animateurs retracent la multiplication, dans les années 1930, d'associations sportives fondées par des Africains eux-mêmes à Dakar, Cotonou ou Conakry, en marge de l'encadrement colonial. Une dynamique qui, selon Yvana, a fait des terrains de sport un authentique « espace conflictuel », où les autorités coloniales et les sportifs africains poursuivaient des objectifs divergents. 

L'émission cite à ce titre un projet de comité fédéral des sports de l'AOF, proposé en 1933 par un dirigeant sportif africain pour officialiser championnats et records, mais accueilli avec réticence par le gouverneur général par intérim de l'époque, Pierre Boisson.

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