Dans cette interview exclusive accordée à SenePlus, l’ambassadrice de Cuba au Sénégal, Maydolis Sosa Hilton, livre sa lecture de l’actualité géopolitique internationale et revient longuement sur les relations particulièrement tendues entre Washington et La Havane. Elle évoque également la place de Cuba dans un monde en pleine recomposition, marqué par l’intensification des rivalités entre grandes puissances et l’affirmation croissante du Sud global.
Depuis plus de six décennies, Cuba est soumise à un embargo américain que La Havane qualifie de blocus. Selon Maydolis Sosa Hilton, cette politique continue de provoquer une forte pression économique et énergétique sur l’île. Malgré les difficultés, affirme-t-elle, le peuple cubain continue de vivre, de travailler et de résister grâce à une solidarité nationale qui demeure, selon elle, intacte.
Depuis Dakar, la diplomate renouvelle l’appel de son pays à la levée du blocus, qu’elle qualifie de « génocide contre le peuple cubain ». Elle estime par ailleurs que les conséquences de cette politique dépassent largement les frontières cubaines en raison de son caractère extraterritorial.
« Ce blocus a un caractère extraterritorial. Il a un impact négatif sur d'autres pays. C'est pourquoi la communauté internationale, à travers les Nations unies, soutient, demande et exige sa levée », affirme Maydolis Sosa Hilton.
L’ambassadrice évoque également les mobilisations internationales en faveur de Cuba, y compris aux États-Unis. Selon elle, ces manifestations témoignent de l’existence d’un mouvement de solidarité avec le peuple cubain.
« Une politique d’asphyxie économique »
Pour la diplomate cubaine, Washington mène une politique délibérée visant à exercer une pression maximale sur l’économie de son pays et à provoquer, à terme, l’effondrement du système politique cubain.
« Nous n'avons pas seulement été victimes du blocus américain, nous continuons de l'être. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à son niveau d'agressivité le plus élevé », déclare-t-elle, dénonçant une politique qu’elle considère comme une forme de punition collective contre la population cubaine.
Face à cette pression, Cuba aurait fait le choix, selon elle, de développer ce qu’elle appelle une « résistance créative », en cherchant de nouvelles solutions pour faire fonctionner son économie et répondre aux difficultés auxquelles le pays est confronté.
Le modèle politique cubain « n’est pas négociable »
Les relations entre La Havane et Washington resteront difficiles, estime Maydolis Sosa Hilton, tant que les États-Unis poursuivront ce que les autorités cubaines considèrent comme une politique visant à provoquer un changement de régime.
Sur ce point, la position de La Havane est catégorique : son système politique relève d’un choix souverain.
« Nous avons notre propre système politique. C'est un choix souverain et historique que nous défendons avec toute notre détermination. Ce que nous voulons, c'est préserver notre révolution et les acquis qu'elle nous a permis d'obtenir », affirme l’ambassadrice.
Elle rejette également l’inscription de Cuba sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme, qu’elle juge injustifiée.
« Il faut retirer Cuba de cette liste, qui est totalement fallacieuse. Nous ne soutenons aucun terrorisme », dénonce-t-elle.
Au-delà du cas cubain, la diplomate défend un principe de souveraineté qu’elle considère comme essentiel dans les relations internationales : aucun État ne devrait, selon elle, imposer son modèle politique à un autre peuple.
Cuba dans un monde en recomposition
Depuis la révolution cubaine de 1959, les relations entre La Havane et Washington sont marquées par plusieurs décennies de confrontation. L’embargo américain, les tentatives de déstabilisation, dont le débarquement de la baie des Cochons en 1961, ainsi que les tensions diplomatiques ont profondément marqué l’histoire contemporaine de Cuba.
Pour les autorités cubaines, la survie du régime s’explique notamment par la résilience et la mobilisation de la population.
Dans un contexte international marqué par la montée en puissance de nouveaux pôles géopolitiques et par la volonté de plusieurs pays du Sud global de renforcer leur autonomie stratégique, Cuba entend continuer à défendre son modèle et sa souveraineté.
Dans cet entretien accordé à AfriquesPlus, Maydolis Sosa Hilton revient ainsi sur les relations avec Washington, les conséquences du blocus, la situation économique et énergétique de l’île, la souveraineté politique de Cuba et les perspectives de La Havane dans un ordre mondial en pleine transformation.