(AfriquesPlus) - À Dakar, les coupures d’électricité se multiplient depuis plusieurs semaines. Dans les quartiers populaires comme dans certaines zones résidentielles, ménages, artisans et petits commerçants voient leur quotidien bouleversé par des interruptions parfois longues. La Senelec invoque une forte hausse de la consommation liée aux fortes chaleurs ainsi qu’une panne dans l’une de ses principales centrales. Mais pour les usagers, les questions restent nombreuses et l’inquiétude grandit.
À Mermoz, le ronronnement des machines à coudre s'interrompt brutalement. Dans cet atelier, comme dans de nombreuses petites entreprises dakaroises, l'électricité est indispensable au travail. Dès que le courant disparaît, l'activité s'arrête.
Ndieme, couturière, en a fait l'expérience à plusieurs reprises au cours de la semaine écoulée. Trois longues coupures, auxquelles se sont ajoutées plusieurs interruptions plus courtes, ont fortement perturbé son travail.
« Quand ça coupe, on reste là et on galère », raconte-t-elle. Derrière cette phrase se cache une réalité très concrète : des heures de travail perdues, des commandes retardées et des clients qu'il faut ensuite convaincre de patienter.
« Cela retarde le travail et les clients ne comprennent pas. Donc on se demande ce qu'il se passe, ce n'était pas comme cela auparavant », poursuit la couturière.
Les petits commerces paient aussi le prix fort
Dans les commerces et les activités de restauration, les conséquences peuvent être encore plus immédiates.
Awa tient un petit stand de restauration rapide à Mermoz. Pour elle, une coupure prolongée ne signifie pas seulement une interruption de l'activité. Elle peut aussi se traduire par des pertes de marchandises.
« Avec nos produits qui périment facilement, il nous faut en acheter de nouveaux et cela coûte très cher », explique-t-elle.
Dans un contexte où les commerçants font déjà face à l'augmentation de plusieurs coûts, ces pertes supplémentaires sont difficiles à absorber. Pour les petites activités, quelques heures d'interruption peuvent suffire à compromettre une partie des recettes de la journée.
Des nuits étouffantes sans électricité
Dans les maisons aussi, les coupures commencent à peser sur les habitudes.
Wolly affirme subir plusieurs interruptions de courant chaque semaine depuis le début de cet épisode. Ce qui la surprend particulièrement, ce sont les coupures nocturnes, alors que la chaleur reste importante pendant cette période.
« On est un peu choqué, on n'a pas l'habitude », confie-t-elle.
Sans climatisation ni ventilateur, les nuits deviennent difficiles à supporter. Et lorsque l'électricité disparaît soudainement, l'obscurité complique encore davantage la vie quotidienne.
Pour cette habitante, comme pour beaucoup d'autres Dakarois, le plus difficile reste de ne pas savoir combien de temps durera la coupure ni quand la situation reviendra à la normale.
La chaleur fait grimper la demande
Face aux interrogations des usagers, la Senelec avance plusieurs explications. La société nationale d'électricité évoque notamment une forte hausse de la consommation liée aux températures élevées.
Lorsque la chaleur augmente, les ménages utilisent davantage les climatiseurs, ventilateurs et autres appareils électriques. Cette demande supplémentaire exerce une pression importante sur le réseau.
À cette situation s'ajoute, selon la Senelec, une panne affectant l'une de ses principales centrales, réduisant les capacités disponibles au moment où la consommation est particulièrement élevée.
Les Dakarois demandent des explications
Ces éléments n'empêchent pas les interrogations de se multiplier. Pour les habitants et les professionnels touchés, l'enjeu est désormais de savoir combien de temps cette situation va durer.
Les usagers réclament notamment davantage de transparence sur les causes précises des perturbations et sur les mesures engagées pour rétablir une fourniture d'électricité plus régulière.
Car derrière chaque coupure, il y a une activité qui s'arrête, une commande qui prend du retard, des produits qui risquent de se détériorer ou une famille qui doit passer plusieurs heures dans la chaleur et l'obscurité.
Le spectre des délestages
Pour certains Dakarois, la répétition de ces interruptions fait ressurgir le souvenir des périodes de délestages qui avaient marqué le pays.
La comparaison avec ces années difficiles reste toutefois prématurée : la Senelec présente l'épisode actuel comme la conséquence de facteurs liés notamment à la forte demande et à une panne de production.
Mais dans les quartiers concernés, l'inquiétude est bien réelle.
À Mermoz comme ailleurs dans la capitale, les habitants espèrent désormais que les mesures annoncées permettront de retrouver rapidement une alimentation électrique plus stable.
En attendant, les Dakarois s'organisent comme ils peuvent. Les couturières patientent devant leurs machines à l'arrêt, les restaurateurs surveillent leurs produits et les familles cherchent à supporter les nuits chaudes.
Dans une capitale où l'électricité fait fonctionner les ateliers, conserve les aliments et rythme la vie quotidienne, chaque coupure est devenue bien plus qu'un simple désagrément : elle se transforme en perte de temps, en dépenses supplémentaires et, pour beaucoup, en source d'inquiétude.