(AfriquePlus) - À Mpofana, petite municipalité de l'est de l'Afrique du Sud, Neliswa Radebe, 19 ans, vit à treize dans une maison délabrée surplombant une autoroute, sans eau courante régulière ni ramassage fiable des ordures. Cette situation illustre, selon un article de The Economist publié le 20 août 2026, l'état de délabrement de la majorité des municipalités sud-africaines, ces collectivités locales censées assurer les services essentiels à la population.
Créées après l'abolition des autorités locales séparées par race sous Nelson Mandela en 1994, les municipalités sud-africaines doivent en théorie s'autofinancer grâce aux impôts fonciers, aux taxes professionnelles et aux factures d'eau, d'électricité et de collecte des déchets, complétées par une subvention de l'État pour les plus pauvres. Dans les faits, The Economist rapporte que 45 % des municipalités ont adopté des budgets non financés lors de l'exercice clos en juin 2025, et que 30 % d'entre elles, dont Mpofana, l'ont fait chaque année depuis quatre ans.
Le problème dépasse largement le seul manque de moyens : selon le dernier rapport de l'auditeur général cité par le magazine britannique, seules 15 % des municipalités ont obtenu un audit financier sans réserve, tandis que les dépenses jugées irrégulières ou non autorisées ont atteint 287 milliards de rands depuis 2021, un montant supérieur au budget de la défense sur la même période. The Economist évoque notamment un cas emblématique de détournement présumé à Amathole, dans l'Eastern Cape, où des fonds destinés à des toilettes publiques auraient été détournés par des responsables locaux.
Les municipalités doivent aujourd'hui plus de 110 milliards de rands à Eskom, l'opérateur public d'électricité, et 30 milliards aux fournisseurs d'eau, des dettes que le ministre des Finances Enoch Godongwana juge menaçantes pour la stabilité financière du pays. Mais les habitants eux-mêmes contribuent au problème : près de la moitié de l'eau distribuée est perdue ou non payée, et Neliswa Radebe reconnaît elle-même ne pas payer son électricité, raccordée illégalement.
Face à ce constat, la municipalité d'Umngeni, au sud de Mpofana, fait figure d'exception. Passée sous la houlette de l'Alliance démocratique (DA) en 2021, elle a été classée septième meilleure municipalité du pays sur un échantillon de cinquante, selon la fondation FW de Klerk citée par The Economist, devançant même Le Cap. Sous la direction du maire Chris Pappas, la commune a assaini ses comptes, licencié des fonctionnaires peu performants et investi les économies réalisées dans 3 000 nouveaux lampadaires et un programme de subvention pour les plus démunis, générant plus de 2 000 emplois nets pour une population de 100 000 habitants.