(AfriquesPlus) - Selon un reportage diffusé par Le Monde, une série d'affiches générées par intelligence artificielle a circulé au Mali à la mi-août sous le slogan « Oui à l'excision, protégeons nos filles ». Ces visuels ont ensuite été repris par des comptes appartenant majoritairement à des hommes maliens, qui ont justifié le maintien de la pratique au nom de la tradition et de la religion, l'excision n'étant toujours pas interdite dans le pays.
Dans la foulée, l'influenceur malien Abdul Niang, qui se présente comme journaliste spécialiste du terrorisme, a publié une vidéo affirmant vouloir « démonter la manipulation » des organisations qui luttent contre l'excision, estimant que ce ne sont pas seulement des hommes mais aussi des milliers de femmes qui contestent la nocivité de la pratique.
D'après Le Monde, cette dynamique dépasse les frontières maliennes. En Gambie, une procédure devant la Cour suprême pourrait aboutir à une relégalisation de l'excision, avec une décision attendue en octobre. En Guinée, où la pratique est interdite depuis 1965 et criminalisée depuis 2000, environ 95 % des femmes de plus de 15 ans restent excisées selon le reportage. Un chiffre qui illustre la persistance de la pratique malgré le cadre légal. Le Monde note toutefois un léger recul chez les moins de 15 ans, signe que les campagnes de sensibilisation produisent des effets, même limités.
La féministe guinéenne Tabara Touré, installée en France et interviewée par le journal, a recensé près de 500 cas d'excision en Guinée entre le 31 juillet et le 26 août, notamment via des vidéos de cérémonies post-excision publiées sur TikTok. Ces rassemblements, organisés après l'acte, réunissent des filles de tous âges habillées à l'identique, entourées de femmes plus âgées qui célèbrent leur passage à la vie de femme à travers des rituels et des chants.
D'après Tabara Touré, ces chants comportent des paroles dévalorisantes envers les femmes non excisées, contribuant à ancrer un sentiment de supériorité chez les filles excisées. Le média souligne que cette résurgence pro-excision s'inscrit dans une vague réactionnaire plus large sur le continent, marquée par la valorisation de figures masculines dominantes.