Le Liberia vient d’accueillir les premiers migrants expulsés par les États-Unis dans le cadre d’un accord controversé avec l’administration de Donald Trump. Vingt personnes sont arrivées à Monrovia, première étape d’un dispositif qui pourrait concerner jusqu’à 1 200 ressortissants étrangers au cours de l’année.
Un avion transportant 20 migrants expulsés des États-Unis a atterri jeudi après-midi à l’aéroport international Roberts, à une trentaine de kilomètres de Monrovia. Il s’agit du premier groupe accueilli par le Liberia dans le cadre d’un accord conclu avec Washington.
Peu après leur arrivée, les personnes expulsées ont été conduites dans un bus sous la supervision de la Commission libérienne de rapatriement, de réinstallation et de réintégration (LRRRC). Les journalistes présents sur place n’ont pas été autorisés à s’entretenir avec elles et ont été maintenus à distance.
Jusqu’à 1 200 personnes attendues
Le gouvernement libérien a annoncé mardi qu’il était prêt à accueillir jusqu’à 1 200 ressortissants étrangers expulsés des États-Unis au cours de l’année.
Les autorités de Monrovia affirment que les personnes concernées seront libres de quitter le Liberia lorsqu’elles le souhaiteront ou pourront demander l’asile dans le pays. Elles devraient par ailleurs bénéficier d’un accompagnement dans le cadre du programme mis en place avec l’appui américain.
Le gouvernement libérien assure que cet accord est motivé par des considérations « entièrement humanitaires » et affirme n’avoir demandé ni reçu de compensation ou de récompense en échange de son engagement.
Une nouvelle stratégie de Washington
L’accord avec Monrovia s’inscrit dans la politique migratoire renforcée de l’administration Trump. Depuis son retour à la Maison Blanche, Washington cherche à élargir les possibilités d’expulsion, y compris pour des personnes qui bénéficiaient auparavant de protections leur permettant de rester légalement aux États-Unis en raison des risques auxquels elles étaient exposées dans leur pays d’origine.
Lorsque les autorités américaines ne peuvent pas renvoyer directement une personne vers son pays d’origine, elles cherchent désormais à utiliser davantage la possibilité d’un transfert vers un pays tiers.
Cette stratégie suscite des controverses, notamment concernant la protection des droits des personnes expulsées et les conditions dans lesquelles les pays tiers acceptent de les accueillir.
Le Liberia rejoint plusieurs pays africains
Monrovia n’est pas le premier pays africain à conclure un tel arrangement avec Washington. Des accords similaires ont été annoncés ou mis en œuvre avec plusieurs États, notamment la Sierra Leone, la Guinée équatoriale, le Ghana, le Rwanda, le Soudan du Sud, le Cameroun, l’Eswatini et la République démocratique du Congo.
Dans certains cas, ces arrangements auraient été accompagnés de soutiens financiers ou logistiques américains. La RDC a notamment accueilli des personnes expulsées qui n’étaient pas originaires d’Afrique, mais d’autres régions du monde.
Selon une enquête de l’AFP, les États-Unis auraient proposé à plusieurs pays des accords pouvant représenter plusieurs millions de dollars, tout en utilisant également la menace de restrictions de visas pour convaincre certains gouvernements d’accepter des personnes expulsées.
Un accord qui soulève des questions
Le Liberia assure pour sa part que l’accord ne repose sur aucune contrepartie financière directe. Monrovia reconnaît toutefois qu’un soutien américain est prévu pour aider le pays à gérer le programme et à renforcer son système migratoire.
L’arrivée de ces 20 premiers migrants constitue donc un précédent important. Elle concrétise une stratégie américaine qui cherche de plus en plus à externaliser une partie de sa politique d’expulsion vers des pays tiers, notamment en Afrique.
Pour le Liberia, le défi sera désormais de concilier son engagement humanitaire avec ses propres capacités d’accueil, tandis que la question du respect des droits et de la protection des personnes expulsées restera au cœur des débats.