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Franc cfa : « si on la quitte, on va souffrir… mais on va réfléchir ! » - Sylvestre Ouédraogo
Le franc CFA nous stabilise-t-il… ou nous endort-il ? Pour l’économiste Sylvestre Ouédraogo, cette monnaie rassure mais freine aussi l’ingéniosité et la production locales. Faut-il alors oser s’en libérer ?
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=8y5d2hKGuQU

Le débat sur le maintien ou le démantèlement du franc CFA est loin d’être tranché. Lors de la dernière conférence des chefs d’État de l’Afrique de l’Ouest, tenue en Sierra Leone, ceux-ci ont réaffirmé leur volonté de créer une nouvelle monnaie de la CEDEAO, baptisée « Eco ». Un projet qui n’emballe pas tout le monde puisque, pour beaucoup, il ne s’agirait pas d’une véritable monnaie souveraine, mais plutôt d’une copie pâle du franc CFA.  

Toujours est-il que certains économistes, comme le Pr Amath Ndiaye, continuent de plaider pour le maintien du franc CFA. Mais concrètement, quels sont les avantages du franc CFA, en dehors de la stabilité qu’il confère à ses utilisateurs en raison de son arrimage à l’euro ? Inversement, quels sont les risques d’une sortie brutale du franc CFA ?

Dans la deuxième partie de l’interview accordée à Science au Sud, l’économiste burkinabè Sylvestre Ouédraogo nous explique les enjeux liés au maintien ou au démantèlement du franc CFA.

Pour lui, le CFA est certes utile pour nous apporter une certaine sérénité, au vu de ce que subissent certains pays qui ne bénéficient pas de cet arrimage à l’euro. En revanche, l’utilisation du franc CFA nous rendrait, selon lui, presque « paresseux, amorphes et apathiques » et ne nous pousserait pas suffisamment à mobiliser notre ingéniosité pour trouver des solutions.

« Le franc CFA est surévalué parce que l’euro est trop fort. Et comme le franc CFA est surévalué, ça nous rend amorphes. Ça ne nous encourage pas à produire davantage localement parce que nous avons assez d’argent pour acheter ce qui vient du reste du monde. C’est une monnaie qui nous arrange, mais qui nous endort en même temps. Ce qui fait qu’on a dévalué à 100 % en 1994 et on a continué à fonctionner : c’est l’inconvénient. Mais si la valeur de notre argent est faible et qu’on n’a pas d’argent pour payer les produits qui viennent d’ailleurs, on va réfléchir jour et nuit pour créer des systèmes. Donc, le franc CFA, c’est une monnaie qui nous endort. Si on la quitte, on va souffrir davantage, certes, mais on va réfléchir et trouver des systèmes pour nous développer », estime Sylvestre Ouédraogo, directeur de l’Institut panafricain de développement et initiateur de la monnaie alternative Éco-Lien, utilisée par des producteurs agroécologiques au Burkina Faso.

Ainsi, malgré les risques évidents d’une sortie du franc CFA, celle-ci pourrait, selon Sylvestre Ouédraogo, stimuler notre créativité et nous pousser à trouver de nouvelles solutions. Encore faut-il rappeler qu’il ne suffit pas de disposer de sa propre monnaie pour se développer : une bonne gestion et une politique économique cohérente demeurent des paramètres cruciaux.

Sylvestre Ouédraogo a été interrogé en juin dernier à Dakar, en marge de la troisième édition des Assises africaines de la démocratie, initiées par la Fondation de l’innovation pour la démocratie.

Suivez l’interview de Sylvestre Ouédraogo sur Science au Sud

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