(AfriquesPlus) - Deux jours après sa suspension par le ministre de la Justice, l’avocat général près la Cour suprême a été définitivement écarté du corps de la magistrature. Le Conseil supérieur de la magistrature reproche à Algassimou Diallo des manquements jugés graves aux devoirs et à la dignité de sa fonction.
L’avocat général près la Cour suprême, Algassimou Diallo, a été révoqué de la magistrature par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), réuni en formation disciplinaire à huis clos. La décision intervient deux jours après sa suspension par le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara.
Dans un article publié le 21 août 2026, l’Agence de presse africaine (APA) rapporte que le CSM a considéré comme établis les faits reprochés au magistrat et les a qualifiés de « manquements graves » aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat.
Saisi par le Garde des Sceaux, le CSM a prononcé la révocation d’Algassimou Diallo en application des articles 20, 35 et 36 de la loi organique L/054/CNT/2013 du 17 mai 2013 portant statut des magistrats. La décision doit être notifiée à l’intéressé, communiquée au ministre de la Justice et publiée.
Cette procédure disciplinaire fait suite à un arrêté signé le 18 août par Ibrahima Sory II Tounkara, suspendant Algassimou Diallo de ses fonctions d’avocat général près la Cour suprême. Le texte évoquait alors un « manquement à ses obligations statutaires attachées à son statut de magistrat », sans détailler les faits concernés, et annonçait la saisine du CSM.
Le ministre avait ensuite présenté cette suspension comme une mesure conservatoire, prise après avoir été informé de faits qu’il estimait incompatibles avec les obligations professionnelles d’un magistrat. Le dossier a par la suite été transmis à l’instance disciplinaire compétente.
Algassimou Diallo était notamment connu pour son rôle dans le procès du massacre du 28 septembre 2009. Nommé procureur de la République près le Tribunal de première instance de Dixinn en décembre 2021, il avait dirigé les poursuites contre l’ancien chef de la junte Moussa Dadis Camara et plusieurs responsables de l’ancien Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD).
Son parcours l’avait ensuite conduit au parquet général près la Cour d’appel de Kankan, où il avait été nommé par décret présidentiel le 1er novembre 2025, avant d’accéder à la fonction d’avocat général près la Cour suprême.
Le dossier disciplinaire intervient dans un contexte où les autorités guinéennes ont également évoqué des échanges entre Algassimou Diallo et l’opposant Cellou Dalein Diallo. Selon les explications données par le ministre à la télévision nationale, des enregistrements audio de ces échanges figureraient parmi les éléments reprochés à l’ancien magistrat, les autorités les considérant comme incompatibles avec ses obligations professionnelles.
Une interdiction de sortie du territoire avait par ailleurs été prise à son encontre. Le procureur général près la Cour d’appel de Conakry avait adressé, le 19 août, une instruction en ce sens au directeur général de la Police nationale, selon APA.
La révocation prononcée par le CSM met ainsi un terme à la carrière judiciaire d’Algassimou Diallo. L’instance disciplinaire, présidée par Sidy Souleymane Ndiaye et dont le rapporteur est Hassan 2 Diallo, a ordonné la publication de sa décision.