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Jean Kaseya, l'homme qui veut arracher la santé publique africaine aux bailleurs occidentaux
Longtemps pilotées par les agences occidentales, les campagnes sanitaires du continent pourraient changer de mains. Le directeur général des Centres africains de contrôle des maladies presse les chefs d'État du continent d'en assumer le financement
 

(AfriquesPlus) - Le Dr Jean Kaseya, directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), multiplie les déplacements sur le continent pour convaincre les présidents de prendre en charge, financièrement et politiquement, la santé publique de leurs pays, selon un portrait signé Ruth Maclean, publié par The New York Times le 12 septembre 2026. 

Ce médecin congolais avait réuni en juillet les présidents de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, et d'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, à Kinshasa, pour évoquer l'épidémie d'Ebola qui a fait plus de 3 300 morts dans l'est du pays. Devant eux, et devant certains bailleurs occidentaux présents, il avait résumé sa doctrine, citée par le New York Times (NYT) : « Cette riposte est menée en Afrique par des Africains, pour des Africains, avec le soutien de nos partenaires. Ce n'est pas l'inverse. »

Créée en 2017 après l'épidémie dévastatrice d'Ebola de 2014 en Afrique de l'Ouest, l'agence panafricaine en est à son deuxième dirigeant depuis l'arrivée du Dr Kaseya en 2023. Son mandat a divisé les avis dans le secteur de la santé mondiale. Ses soutiens lui reconnaissent une vision claire et la capacité de la mettre en œuvre, quand ses détracteurs pointent des dépenses de déplacement jugées excessives, documentées l'an dernier par le média Devex, qui ont conduit certains bailleurs à se détourner de l'agence. 

Le Dr Kaseya affirme que les audits internes lancés en réponse à ces accusations ne les ont pas confirmées, mettant en avant douze audits récents résolus dans les délais et une évaluation de l'Union africaine ayant jugé sa performance « exceptionnelle » cette année.

Le New York Times relève toutefois des tensions internes, le Dr Kaseya ayant cette année rappelé au siège trois des cinq directeurs régionaux de l'agence, une décision contestée devant un tribunal de l'Union africaine avant d'être confirmée par un haut responsable en juillet. La confiance semble néanmoins se raffermir, la Banque mondiale ayant relevé sa notation de l'agence de « moyennement insatisfaisante » à « satisfaisante » en l'espace de deux ans.

Le journal souligne une contradiction centrale, seuls 21 % du budget de l'agence provenant des gouvernements africains eux-mêmes, le reste dépendant de fondations et bailleurs extérieurs. L'infectiologue camerounaise Boghuma Titanji, citée par le New York Times, estime qu'on ne peut « revendiquer la propriété et la souveraineté de chaque décision » tant qu'un déficit de financement subsiste, une situation qu'elle juge « fragile et vulnérable ». Le Dr Kaseya dit vouloir inverser ce rapport de dépendance, ayant par exemple exigé que Kinshasa confirme sa propre contribution financière avant de solliciter les donateurs, saluant les 50 millions de dollars promis par le Congo et les 13,5 millions par l'Afrique du Sud lors de la rencontre de juillet, sur un total de 120 millions annoncés par les pays africains, dont 90 millions déjà décaissés.

Le NYT note enfin que le dirigeant a près de triplé le budget estimé nécessaire pour la riposte contre Ebola, le faisant passer de 518 millions à 1,4 milliard de dollars, afin d'y inclure la prise en charge des populations déplacées dans l'est du Congo, une mission qu'il reconnaît lui-même en dehors du mandat officiel de l'agence.

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