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Johannesburg face à une « spirale financière » qui menace ses services essentiels
Impayés en forte hausse, investissements en recul et dettes envers les fournisseurs : les comptes de la métropole se fragilisent au point de faire peser des risques croissants sur l’eau, l’électricité et les autres services essentiels.
 

(AfriquesPlus) - La principale métropole économique d’Afrique du Sud voit ses finances se détériorer sous l’effet conjugué de l’accumulation des impayés, de la hausse des coûts de fonctionnement et du recul des investissements dans les infrastructures. Le Centre for Development and Enterprise (CDE) estime que cette dynamique menace désormais la capacité de la ville à assurer durablement ses services essentiels.

Une étude du Centre for Development and Enterprise (CDE), publiée cette semaine et relayée le 27 août 2026 par The Common Sense dans un article, alerte sur une situation qui dépasse largement le simple déficit budgétaire annuel. Intitulé « Joburg’s Broken Budget », le rapport décrit une ville progressivement enfermée dans une « spirale financière » où la dégradation des services alimente les impayés, lesquels réduisent à leur tour les capacités d’entretien et d’investissement.

Selon le CDE, Johannesburg affichait en 2024/2025 environ 12 milliards de rands de créances déclarées auprès de ses usagers. Mais en intégrant les provisions pour créances douteuses, le montant des factures impayées dépassait 70 milliards de rands. La dette brute des usagers est ainsi passée d’environ 15 milliards de rands en 2014/2015 à près de 72 milliards dix ans plus tard, soit une progression annuelle proche de 17 %.

Cette dégradation des recettes intervient parallèlement à un recul marqué des investissements. En termes réels, les dépenses consacrées aux infrastructures ont diminué d’environ 50 % depuis 2014/2015 et de près de 70 % par habitant. Dans le même temps, les coûts liés au personnel municipal sont passés de 8,6 à 20,7 milliards de rands, soit une progression annuelle d’environ 9 %. Ils absorbent désormais près de 40 % des liquidités effectivement collectées auprès des usagers.

La municipalité est également confrontée à une accumulation de dettes envers ses fournisseurs. Les sommes dues à des organismes tels qu’Eskom et Rand Water dépassaient 28 milliards de rands en juin 2025, contre 12 milliards dix ans auparavant. Le CDE estime que Johannesburg utilise de plus en plus les retards de paiement pour financer son fonctionnement courant, faisant peser une partie de ses difficultés de trésorerie sur ses fournisseurs.

Cette crise financière se déroule dans un environnement économique peu dynamique. L’économie de Johannesburg n’a progressé que d’environ 1 % par an en termes réels au cours de la dernière décennie. Entre 2015 et 2025, la population en âge de travailler a augmenté de plus de 760 000 personnes, tandis que l’emploi n’a progressé que d’environ 30 000 postes.

Pour Ann Bernstein, directrice exécutive du CDE, la situation traduit un décalage croissant entre les revenus que Johannesburg facture et ceux qu’elle parvient réellement à recouvrer. Elle estime que la ville ne peut durablement augmenter le coût de services qui se dégradent dans une économie connaissant une croissance limitée.

Le think tank décrit ainsi un cercle vicieux : la détérioration des services réduit la volonté ou la capacité de certains usagers à payer leurs factures. La municipalité augmente alors les tarifs et les taxes pour les ménages et entreprises qui continuent de s’acquitter de leurs obligations. La baisse des recettes limite ensuite les investissements et l’entretien des infrastructures, accélérant à son tour la dégradation des services.

L’approvisionnement en eau constitue l’un des principaux points d’inquiétude. Johannesburg fait face à une baisse des recettes liées à l’eau et à l’électricité ainsi qu’à des problèmes croissants de fiabilité. Pour Ann Bernstein, la ville peut supporter pendant un certain temps des routes dégradées ou une collecte des déchets insuffisante, mais une détérioration durable du système d’approvisionnement en eau représenterait une menace existentielle pour la métropole.

Le rapport souligne également que la municipalité dispose de marges de manœuvre de plus en plus réduites. Dans un contexte de croissance économique faible, elle peut soit accroître les prélèvements sur les usagers qui paient, soit dépendre davantage des transferts de l’État, soit augmenter son endettement, soit retarder le règlement de certaines factures. Selon le CDE, Johannesburg a progressivement eu recours à ces différentes solutions.

La crise commence aussi à affecter la capacité de la ville à obtenir de nouveaux financements. L’Agence française de développement (AFD) a récemment refusé d’accorder à Johannesburg un prêt de 2,5 milliards de rands, en invoquant des préoccupations liées à la gouvernance. Pour le CDE, cet épisode illustre la prudence croissante des bailleurs face à la situation financière et institutionnelle de la municipalité.

Le redressement nécessitera, selon le think tank, des mesures difficiles : améliorer fortement le recouvrement des factures tout en protégeant les ménages vulnérables, contenir les coûts liés au personnel et aux prestataires, accroître les investissements dans les infrastructures, réduire les arriérés envers les fournisseurs et restaurer la confiance dans la gestion financière de la municipalité.

Une intervention du gouvernement national pourrait finalement devenir nécessaire pour éviter une crise plus profonde. Mais Ann Bernstein met en garde contre un éventuel renflouement sans conditions. Johannesburg est trop importante pour l’économie sud-africaine pour être abandonnée à son sort, estime-t-elle en substance, mais un soutien financier de l’État ne devrait pas permettre de perpétuer les pratiques politiques et financières à l’origine de la situation actuelle.

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