(AfriquesPlus) Au Kenya, face à l’épuisement des terres et au coût croissant des engrais chimiques, des agriculteurs se tournent vers une solution aussi naturelle qu’originale : les insectes. Vers rouges et larves de mouches soldats noires permettent de transformer les déchets organiques en fertilisants tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour une agriculture plus durable.
À Lari, à une cinquantaine de kilomètres de Nairobi, l’agriculteur George Muturi Kamau a adopté le vermicompostage. Dans ses installations, des milliers de vers rouges décomposent des déchets alimentaires et agricoles mélangés à du fumier.
En environ six semaines, ces matières se transforment en un compost riche en nutriments. L’exploitation compte près de 70 installations, chacune abritant plusieurs milliers de vers. Une partie du compost est utilisée pour les propres cultures de l’agriculteur, tandis que le surplus est vendu à d’autres exploitants.
Des terres de plus en plus fragiles
Cette recherche d’alternatives intervient alors que la dégradation des sols constitue une menace majeure pour l’agriculture est-africaine. Selon un rapport publié en 2025 par la Fondation Heinrich Böll, plus de 40 % des sols de la région seraient dégradés, avec des conséquences importantes sur la productivité agricole.
Les pertes économiques liées à cette dégradation seraient estimées à plus de 65 milliards de dollars par an. Au Kenya, environ 32 % des terres cultivées sont fortement acides, ce qui complique davantage le travail des agriculteurs.
À cette dégradation s’ajoute la flambée du prix des engrais chimiques. Pour de nombreux exploitants, réduire leur dépendance aux fertilisants synthétiques devient donc autant une nécessité environnementale qu’un enjeu économique.
Les mouches soldats noires valorisent les déchets
Dans le comté de Nakuru, une autre technique gagne du terrain. Robert Mwangi utilise les larves de mouches soldats noires pour transformer les déchets alimentaires récupérés sur les marchés.
Les déchets sont broyés puis donnés aux larves, qui les décomposent rapidement. Le procédé produit une matière organique pouvant servir de fertilisant. Une fois arrivées à maturité, les larves peuvent également être séchées et utilisées comme source de protéines pour l’alimentation animale.
Un même processus permet ainsi de résoudre deux problèmes : réduire les déchets et produire des ressources utiles à l’agriculture.
Une transition qui doit rester progressive
Pour les spécialistes, ces solutions ne signifient pas nécessairement qu’il faut supprimer brutalement les engrais chimiques. L’agroécologue Harun Warui préconise plutôt une réduction progressive des fertilisants synthétiques, afin de permettre aux sols de retrouver progressivement leur équilibre.
Le compost organique contribue à améliorer la structure des terres, leur teneur en matière organique et leur capacité à retenir l’eau. Mais son utilisation à grande échelle représente un défi : les exploitations agricoles ont besoin de volumes importants pour couvrir leurs besoins.
Malgré cette contrainte, le modèle commence à prendre de l’ampleur. George Muturi Kamau transforme déjà environ 40 tonnes de déchets alimentaires par mois et commercialise une partie de son compost.
Au Kenya, les vers rouges et les mouches soldats noires ne sont donc plus de simples insectes : ils deviennent des auxiliaires de l’agriculture. En transformant les déchets en fertilisants et en contribuant à restaurer des sols dégradés, ces petites créatures offrent une piste prometteuse pour réduire les coûts de production et construire une agriculture plus respectueuse de l’environnement.