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L’Afrique face au nouveau rapport de force mondial, l'urgence de reprendre l’initiative
La problématique reste l’« agency » africaine, c’est-à-dire la capacité du continent à définir ses propres priorités et à agir en fonction de celles-ci plutôt qu’à simplement répondre aux agendas des autres puissances
 

(AfriquesPlus) - Publié le 19 août 2026 sur Assodesire, l’analyse de Desire Assogbavi met en garde contre le risque de voir l’Afrique rester un simple espace de compétition entre grandes puissances alors que l’ordre international connaît une profonde recomposition. L'auteur défend une relation avec les États-Unis fondée davantage sur les intérêts africains et sur la capacité du continent à peser collectivement, à l'approche du 4e U.S.-Africa Futures Summit, qui se tient ce 25 août en Ethiopie.

Le choix d’Addis-Abeba, après plusieurs éditions organisées à Washington, revêt à ses yeux une dimension particulière. La capitale éthiopienne, siège de l’Union africaine, permet de déplacer le centre de gravité du dialogue vers le continent. Pour Assogbavi, il ne s’agit toutefois pas d’un simple changement de lieu, mais d’une occasion de replacer les institutions, les priorités et les perspectives africaines au cœur d’une relation longtemps définie depuis l’extérieur.

Cette réflexion intervient dans un contexte marqué par l’affaiblissement du multilatéralisme, la montée des rivalités entre puissances, la transformation de l’aide au développement, l’endettement de nombreux États africains et la compétition mondiale autour des ressources stratégiques. À cela s’ajoutent les tensions liées aux migrations et les interrogations sur le rôle des acteurs extérieurs dans les processus de paix sur le continent.

Dans ce nouvel environnement, l’Afrique dispose néanmoins d’atouts importants : ressources naturelles, poids démographique, influence diplomatique et position stratégique. Le problème, estime l’auteur, est de parvenir à convertir ces avantages en capacité collective de négociation et en résultats concrets pour les populations.

Assogbavi articule son analyse autour de cinq grands enjeux. Le premier concerne la place de l’Afrique dans un monde multipolaire. Il estime que la présence croissante des pays africains dans les institutions internationales ne suffit pas. L’enjeu est désormais de transformer cette représentation en influence réelle, grâce à des positions communes, une meilleure coordination diplomatique et des capacités de négociation renforcées. L’Afrique doit éviter de devenir le terrain de confrontation des États-Unis, de la Chine, de l’Europe, de la Russie et des autres puissances et chercher, au contraire, à défendre ses propres intérêts.

Le deuxième enjeu porte sur l’avenir de la coopération au développement. Avec la réduction des financements traditionnels et l’évolution des priorités des bailleurs, les pays africains doivent, selon l’auteur, renforcer leurs ressources domestiques, améliorer la gestion des finances publiques et lutter contre les flux financiers illicites. Il ne s’agit pas pour autant de renoncer aux partenariats internationaux, mais de les réorienter vers des relations moins dépendantes et davantage compatibles avec les priorités définies par les Africains eux-mêmes.

La bataille autour des minerais critiques constitue le troisième axe. L’importance croissante des ressources africaines pour la transition énergétique mondiale offre au continent une opportunité majeure, mais aussi un risque de reproduire les schémas extractifs du passé. Assogbavi appelle donc à sortir de la logique consistant à exporter des matières premières pour importer ensuite des produits à forte valeur ajoutée. Il défend des accords intégrant transformation locale, infrastructures, transfert de technologies, formation et industrialisation, ainsi qu’une meilleure coordination à l’échelle continentale.

Le quatrième enjeu concerne les migrations, la mobilité et la diaspora africaine. L’auteur critique une lecture qui réduit les migrations africaines aux questions de frontières, de sécurité et de contrôle. Une grande partie des déplacements s’effectue pourtant à l’intérieur du continent et contribue aux échanges économiques, à la circulation des compétences et à l’intégration régionale. Il plaide donc pour des voies de mobilité plus sûres et régulières et pour une reconnaissance plus importante du rôle de la diaspora, au-delà des seuls transferts financiers.

Enfin, Assogbavi s’intéresse à la paix et à la sécurité. Les interventions extérieures peuvent contribuer à la résolution des conflits, mais elles ne doivent pas se substituer aux institutions africaines. Les processus concernant notamment le Soudan et la République démocratique du Congo doivent, selon lui, être appréciés non seulement à travers la visibilité des médiateurs ou la rapidité des accords, mais surtout en fonction de leur légitimité, de leur caractère inclusif, de leur mise en œuvre et de leur capacité à traiter les causes profondes des conflits.

Derrière ces différents dossiers se trouve, selon l’auteur, une même problématique : l’« agency » africaine, c’est-à-dire la capacité du continent à définir ses propres priorités et à agir en fonction de celles-ci plutôt qu’à simplement répondre aux agendas des autres puissances.

Pour Desire Assogbavi, le futur des relations entre Washington et l’Afrique devrait ainsi être évalué moins à partir du nombre de sommets ou d’annonces d’investissements que de leur capacité à renforcer les institutions africaines, accroître les capacités locales et produire des bénéfices durables pour les populations.

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