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L’Afrique possède déjà les médicaments de demain… mais les ignore - Jean-Eudes Biem
Et si les plantes médicinales africaines devenaient le socle de l'industrialisation du continent ? Pour le prospectiviste camerounais Jean-Eudes Biem, les savoirs traditionnels constituent un formidable gisement de richesse, d'emplois et de souveraineté
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=t4MiHMjrf4E

 L'Afrique regorge de ressources encore largement sous-exploitées, mais dont le potentiel économique, sanitaire et industriel est considérable. Parmi elles figurent les plantes médicinales et les savoirs traditionnels, qui pourraient constituer un puissant levier de développement, de création de valeur et de compétitivité à l'échelle mondiale.

En marge d'un débat organisé à Dakar dans le cadre des *Troisièmes Assises africaines de la démocratie**, le prospectiviste camerounais **Jean-Eudes Biem* a appelé les États africains à investir dans la transformation industrielle des ressources traditionnelles du continent. Selon lui, il est temps de passer de l'exploitation artisanale à une véritable industrie capable de produire localement, de créer des emplois et d'exporter des produits africains vers les marchés internationaux.

« Dans chaque village africain, il y a au moins un médicament parfaitement maîtrisé. Il suffit de le mettre aux normes grâce à un minimum de mise à niveau technologique. Et cela ne concerne pas uniquement la médecine, mais de nombreuses chaînes de valeur que nous qualifions d'industraditionnelles". L'industradition, c'est l'industrialisation des traditions », explique Jean-Eudes Biem, conseiller technique au  Centre international de recherche et de documentation sur les traditions et les langues africaines (CERDOTOLA).

dans certains pays comme le Sénégal, la médecine traditionnelle demeure essentiellement tolérée, sans bénéficier d'un véritable cadre juridique.  Ce qui la met dans une certaine illégalité. Pour le chercheur camerounais, l'Afrique commet une erreur en maintenant la médecine traditionnelle dans un statut précaire.

Jean-Eudes Biem estime que cette situation est l'héritage direct de la colonisation. Selon lui, les puissances coloniales ont volontairement marginalisé les pratiques médicales africaines afin d'imposer les médicaments occidentaux et de favoriser le développement de l'industrie pharmaceutique.

« Lorsque les Anglais sont entrés en Égypte, l'une des premières décisions qu'ils ont prises a été d'interdire la médecine traditionnelle. Nous savons aujourd'hui à quel point les industries pharmaceutiques sont puissantes. Dans une économie capitaliste, ce que l'Afrique perd, d'autres le gagnent. Pourtant, le continent dispose déjà de technologies respectables, prêtes à franchir l'étape manufacturière dans la production de médicaments », affirme-t-il.

Pour Jean-Eudes Biem, l'industrialisation des pharmacopées africaines dépasse largement la seule fabrication de médicaments. Elle doit permettre de bâtir de véritables chaînes de valeur autour des produits naturels et des savoir-faire africains.

« L'industrialisation des traditions pharmacologiques africaines permettra non seulement de produire des médicaments, mais aussi de construire des chaînes de valeur autour de nombreux produits naturels. Il faut développer les chaînes de valeur des produits traditionnels, des produits naturels et des produits africains en général. C'est la voie la plus rapide, la plus sûre et la plus compétitive pour accéder à l'industrialisation. C'est aussi celle où l'Afrique possède les plus grands avantages comparatifs face à la concurrence mondiale », soutient le prospectiviste camerounais.

À travers ce plaidoyer, Jean-Eudes Biem invite les décideurs africains à considérer les traditions non comme un héritage du passé, mais comme un véritable moteur d'innovation, de souveraineté économique et de développement industriel pour le continent

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