(AfriquePlus) - Un roman et un essai documentaire, parus à la rentrée littéraire, interrogent la manière dont l'Occident accepte, ou non, d'entendre les histoires de migration. Mediapart, dans un article de Lise Wajeman publié le 27 août 2026, y voit un même constat : seule une « bonne histoire » semble mériter l'écoute.
Dans son article, Mediapart rappelle qu'à l'été 2026, l'arrivée à Ceuta de dizaines de milliers d'exilés a été accueillie en Europe avec indifférence, voire hostilité. Selon la journaliste Lise Wajeman, ce climat interroge la capacité de la littérature à faire entendre une évidence simple : les personnes migrantes sont des êtres humains ordinaires, et leurs parcours relèvent souvent du cauchemar. Le public occidental, note l'article, n'accepte de s'y intéresser qu'à une condition : que le récit constitue une « bonne histoire ».
Mediapart présente d'abord C'était ça ou mourir, premier roman de l'écrivain haïtien Thélyson Orélien, publié au Québec au printemps 2026 puis repris par Grasset, déjà promis à une vingtaine de traductions. Le livre suit la fuite d'un professeur haïtien à travers l'Amérique latine jusqu'aux États-Unis. Selon l'article, l'auteur explique avoir renoncé à un simple reportage journalistique pour donner à ces vies, dit-il, « le grand tribunal de la littérature ». Mediapart souligne le succès critique unanime du livre, y compris dans des médias peu enclins à la cause migratoire, et y voit un signe : c'est le migrant de fiction, non le migrant réel, que l'on accepte volontiers d'entendre.
Le second ouvrage, Ainsi la Cour décide de Caroline Knecht (La Découverte), est de nature documentaire. Nourri de plusieurs années d'observation d'audiences à la Cour nationale du droit d'asile, il montre comment les demandeurs d'asile doivent, pour être crus, construire un récit à la fois crédible et singulier, faute de quoi leur sort peut se jouer, selon l'article, sur une simple « intuition » de juge.
Mediapart conclut que ces deux livres, bien que de genres différents, portent le même constat : pour les personnes migrantes, l'enjeu n'est jamais littéraire, mais vital. La littérature garderait néanmoins le pouvoir de le faire entendre.