De Pretoria à Abuja, de Kinshasa au Caire et d’Addis-Abeba au Sahel, l’actualité africaine reste dominée par les enjeux de sécurité, les tensions géopolitiques et les défis économiques. Ce vendredi 21 août, la presse internationale et africaine met particulièrement en lumière la crise sanitaire sans précédent en RDC, l’insécurité persistante au Nigeria, les tensions autour du Nil entre l’Égypte et l’Éthiopie, mais aussi les recompositions diplomatiques et économiques en Afrique australe et dans l’espace de l’AES.
Afrique du Sud : Ramaphosa au cœur de l’agenda régional
En Afrique du Sud, l’actualité du jour est notamment marquée par la rencontre entre le président Cyril Ramaphosa et son homologue zimbabwéen Emmerson Mnangagwa. Les deux dirigeants doivent prendre part ce vendredi au Forum d’affaires Afrique du Sud-Zimbabwe à Midrand, dans le cadre du renforcement des relations économiques entre les deux pays. Cette rencontre intervient quelques jours après le sommet de la SADC, organisé en Afrique du Sud, qui a consacré Pretoria à la présidence de l’organisation régionale.
La presse sud-africaine et internationale continue parallèlement de suivre les grands dossiers qui pèsent sur le gouvernement d’unité nationale de Ramaphosa : croissance économique, chômage, réforme de l’énergie, investissements et gestion de l’immigration.
Sur le front économique, l’inflation sud-africaine a récemment ralenti pour la première fois en cinq mois, notamment grâce à la baisse des prix des carburants. Mais cette embellie demeure fragile, notamment en raison des tensions internationales susceptibles de faire remonter les prix du pétrole.
Le sport occupe également une place importante dans l’actualité sud-africaine : les Springboks s’apprêtent à affronter la Nouvelle-Zélande samedi à Johannesburg dans le premier match d’une série de quatre rencontres. L’Afrique du Sud reste sur douze victoires consécutives, tandis que Siya Kolisi, blessé, ne devrait pas débuter cette première confrontation
Nigeria : le drame des enlèvements relance la question sécuritaire
Au Nigeria, la situation sécuritaire reste l’un des principaux sujets de préoccupation. Reuters rapporte que des familles du Borno ont manifesté pour réclamer la libération d’enfants enlevés près de cent jours auparavant. Une quarantaine d’enfants seraient toujours portés disparus après leur enlèvement en mai dans une zone proche de la forêt de Sambisa, bastion historique de Boko Haram et de sa branche rivale, l’ISWAP
Le dossier illustre la persistance du défi sécuritaire auquel est confronté le président Bola Tinubu, malgré les opérations militaires conduites dans le nord-est du pays. Les enlèvements continuent d’alimenter l’angoisse des populations et de mettre à rude épreuve la crédibilité des autorités.
Autre drame qui retient l’attention : le naufrage d’une embarcation dans l’État de Sokoto, dans le nord-ouest du pays. Le bilan provisoire dépasse la cinquantaine de morts, principalement des enfants, selon les informations rapportées par plusieurs médias internationaux
Sur le plan politique, la réélection du gouverneur d’Osun, Ademola Adeleke, continue également de nourrir les commentaires sur les rapports de force à l’approche de la présidentielle de 2027. Le quotidien The Sun Nigeria souligne notamment la rencontre entre Adeleke et Bola Tinubu à Abuja, tandis que les déclarations de l’ancien vice-président Atiku Abubakar, qui évoque une nouvelle tentative présidentielle en 2027, entretiennent déjà la bataille politique.
Enfin, la réforme de la police demeure à l’agenda. La présidence a fixé ce vendredi la date limite pour les contributions au projet de National Policing Bill, destiné à définir une nouvelle architecture de la police et à renforcer son efficacité, son financement et ses mécanismes de responsabilité.
Éthiopie-Égypte : le Nil redevient un foyer de tension
L’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles du continent concerne une nouvelle fois le Nil et les relations entre l’Éthiopie et l’Égypte.
La presse du jour revient sur la stratégie du Caire face aux projets hydrauliques éthiopiens après la mise en service du Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD). L’Égypte privilégie désormais la diplomatie, la pression internationale et la coopération avec le Soudan, plutôt qu’une tentative directe d’empêcher de nouveaux projets éthiopiens sur le Nil. Mais l’expérience du GERD a également montré les limites de la capacité d’influence de l’Égypte sur son voisin du sud.
Le dossier est d’autant plus sensible que Le Caire estime que toute modification durable du débit du Nil constitue une menace stratégique pour ses ressources en eau. Des responsables égyptiens ont récemment réaffirmé que leur pays n’accepterait pas qu’un autre État contrôle le débit du fleuve vers les pays situés en aval.
Cette nouvelle phase de tension intervient alors qu’Addis-Abeba cherche à affirmer davantage son rôle dans les espaces diplomatiques africains, arabes et de la Corne de l’Afrique. Le dossier du Nil apparaît ainsi comme un enjeu qui dépasse largement la seule question énergétique : il touche à la sécurité, à la souveraineté, à l’influence régionale et aux alliances stratégiques.
Égypte : économie sous pression et bras de fer régional
En Égypte, la question économique demeure au premier plan. Les derniers chiffres disponibles montrent une accélération de l’inflation urbaine à 14,9 % en juillet en juin, alors que les autorités cherchent à préserver les équilibres financiers et à maintenir la confiance des investisseurs.
Cette situation économique se combine avec une forte activité diplomatique autour de la guerre à Gaza et, surtout, avec la rivalité stratégique avec l’Éthiopie. Pour Le Caire, le dossier du Nil demeure intimement lié à la sécurité nationale.
La presse spécialisée suit ainsi avec attention la manière dont l’Égypte tente de transformer ses moyens diplomatiques et ses relations avec le Soudan en instruments de pression face aux ambitions hydrauliques d’Addis-Abeba.
RDC : l’épidémie d’Ebola franchit un nouveau seuil critique
En République démocratique du Congo, l’alerte est particulièrement grave. L’épidémie d’Ebola continue de progresser à une vitesse exceptionnelle dans l’est et le nord-est du pays.
Selon les données reprises par l’Associated Press, l’épidémie a dépassé les 5 000 cas rapportés et les 2 378 décès, ce qui en fait la flambée d’Ebola à la progression la plus rapide jamais observée. La souche actuelle, le virus Bundibugyo, complique la riposte puisqu’il n’existe pas encore de vaccin ou de traitement spécifiquement homologué contre cette souche.
Face à l’urgence, l’Organisation mondiale de la santé prévoit la mobilisation de 70 000 doses du vaccin Ervebo, même si celui-ci a été développé principalement contre la souche Zaïre. Des essais et travaux scientifiques sont envisagés pour déterminer dans quelle mesure ce vaccin peut offrir une protection contre le virus actuellement en circulation.
La crise sanitaire se superpose à une situation sécuritaire extrêmement complexe. Dans certaines zones de l’est du pays, notamment celles contrôlées par le mouvement M23/AFC, des restrictions de circulation ont été instaurées afin de limiter les risques de propagation du virus.
Cette imbrication entre conflit armé, déplacements de populations, défiance envers les autorités et urgence sanitaire fait de la RDC l’un des principaux foyers de préoccupation humanitaire du continent.
AES : le Sahel poursuit sa rupture avec les anciens cadres régionaux
Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali et Niger — la dynamique de rupture avec les anciennes architectures régionales se poursuit.
Les trois pays, qui ont quitté la CEDEAO et renforcé leur coopération politique, militaire et économique, ont également engagé leur retrait de la Cour pénale internationale. Le processus doit s’étaler sur une année, conformément aux règles de retrait de l’institution.
Mais au-delà des choix institutionnels, la question sécuritaire reste le principal défi de l’AES. Le Mali demeure confronté à la pression simultanée des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et des mouvements séparatistes du nord.
Les combats autour d’Anéfis, dans le nord du Mali, illustrent cette situation. L’armée malienne affirme avoir brisé le blocus d’une importante base militaire après des combats avec le Front de libération de l’Azawad et des groupes jihadistes. Les différentes affirmations concernant les pertes n’ont cependant pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Parallèlement, les liens entre l’AES et la Russie continuent de se renforcer. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fait de leur coopération militaire et politique avec Moscou l’un des piliers de leur nouvelle stratégie extérieure. Reuters relevait récemment l’approfondissement des relations militaires entre la Russie et les trois États alors que les attaques jihadistes persistent
Cette évolution traduit une transformation profonde du paysage géopolitique ouest-africain : les pays de l’AES cherchent à construire une architecture régionale autonome, tandis que leurs rapports avec les puissances occidentales se sont considérablement distendus.
Le Sahel face au financement du terrorisme
Un autre dossier met en évidence les difficultés de la lutte contre les groupes armés. Selon une enquête de **Reuters** s’appuyant sur un rapport d’experts des Nations unies, une rançon estimée à **50 millions de dollars**, versée pour obtenir la libération d’otages capturés au Mali fin 2025, aurait contribué au financement de l’offensive du groupe jihadiste JNIM au Sahel
Le phénomène rappelle que les enlèvements ne constituent plus seulement une tactique de financement ponctuel : ils sont devenus une véritable économie de guerre, permettant aux organisations jihadistes de financer leurs combattants, leurs armes et leur logistique.
Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, cette réalité complique davantage la volonté affichée de reprendre le contrôle des territoires et de réduire la capacité d’action des groupes armés.
Afrique : une journée dominée par les crises et les recompositions
Au-delà des grands foyers retenus par la presse internationale, plusieurs autres dossiers illustrent les profondes transformations du continent.
Au Togo, l’arrestation de deux journalistes français est interprétée par Le Monde comme un nouvel épisode de la détérioration des relations entre Lomé et Paris. Les deux hommes, qui travaillaient sur un documentaire, ont été arrêtés alors qu’ils tournaient dans une région proche de la frontière béninoise. L’affaire intervient dans un contexte de rapprochement du Togo avec la Russie et de durcissement à l’égard de certains médias français
Cette évolution est symptomatique d’un phénomène plus large en Afrique de l’Ouest : la contestation de l’influence française ne se limite plus aux pays de l’AES et gagne progressivement d’autres États de la région.
La presse africaine et internationale de ce vendredi 21 août 2026 dessine ainsi un continent confronté à plusieurs urgences simultanées. Au Nigeria, l’insécurité et les enlèvements continuent de peser lourdement sur les populations. En RDC, Ebola prend une dimension exceptionnelle et menace de dépasser les capacités de réponse sanitaire. Entre l’Éthiopie et l’Égypte, le Nil demeure un puissant facteur de rivalité stratégique. En Afrique du Sud, Pretoria cherche à consolider son rôle de puissance régionale et son leadership au sein de la SADC. Quant à l’AES, elle poursuit sa marche vers davantage d’autonomie stratégique, tout en restant confrontée à la persistance de la menace jihadiste.
Derrière ces crises se dessine une même tendance : l’Afrique est engagée dans une profonde recomposition de ses équilibres politiques, sécuritaires et diplomatiques. Les rapports avec les anciennes puissances partenaires évoluent, de nouvelles alliances se consolident et les États africains cherchent davantage à définir leurs propres priorités. Mais les crises sécuritaires, sanitaires et économiques rappellent que cette quête d’autonomie reste confrontée à de redoutables défis.