(AfriquesPlus) La presse africaine de ce jeudi est dominée par une même inquiétude : la montée des crises sécuritaires, de la RDC au Nigeria en passant par le Sahel, tandis que l’Afrique du Sud reste absorbée par une profonde crise autour de sa police et de son appareil judiciaire. En Afrique de l’Est et du Nord, le contentieux sur le Nil entre l’Éthiopie et l’Égypte reprend de la vigueur, sur fond de
Nigeria : les enlèvements de masse deviennent une véritable économie criminelle
C’est l’un des dossiers les plus lourds de la journée. Le Nigeria fait face à une nouvelle alerte sur l’ampleur prise par les enlèvements contre rançon. Selon une étude de SBM Intelligence, citée notamment par Le Monde et Reuters, 7 825 personnes ont été enlevées entre juillet 2025 et juin 2026, soit une hausse de 66 % sur un an. Au moins 1 142 personnes ont été tuées et les rançons confirmées ont atteint environ 7,78 milliards de nairas, soit près de 5,8 millions de dollars.
Cette publication intervient au lendemain de l'enlèvement massif de fidèles dans une mosquée de l'État du Nigeria. Le président Bola Tinubu a ordonné une opération de sauvetage et demandé aux forces de sécurité de retrouver les personnes enlevées. Reuters estime qu'environ 600 personnes pourraient avoir été kidnappées, même si ce chiffre reste à confirmer. L'attaque aurait également fait une trentaine de morts.
La réponse de Tinubu ne se limite désormais plus à une opération ponctuelle. Le chef de l'État a donné 90 jours aux responsables de la défense, du renseignement et de la sécurité pour élaborer une évaluation nationale des menaces et un plan stratégique de défense sur cinq ans.
Une donnée particulièrement inquiétante ressort de l'étude de SBM Intelligence : une faction de Boko Haram aurait capté près de 90 % des rançons versées au cours des douze derniers mois. Le kidnapping apparaît ainsi de moins en moins comme une série d'actes criminels isolés et davantage comme une véritable économie de guerre qui finance les groupes armés.
Afrique du Sud : la commission Madlanga au cœur de la crise de l’État
En Afrique du Sud, la commission d'enquête Madlanga continue aujourd'hui ses auditions. Elle enquête sur les accusations de criminalité organisée, d'ingérence politique et de corruption au sein du système de justice pénale
Les auditions se concentrent notamment sur les relations entre des responsables policiers et des personnages soupçonnés d'être liés au crime organisé. L'affaire implique notamment Vusimusi « Cat » Matlala, dont une rencontre avec le commissaire de police du KwaZulu-Natal, Nhlanhla Mkhwanazi, est examinée par la commission
Un autre témoin important, l'ancien patron des Hawks Godfrey Lebeya, doit également témoigner aujourd'hui. Il a lui-même été associé dans les débats de la commission à des personnes soupçonnées d'appartenir à des réseaux criminels.
Le Parlement sud-africain poursuit parallèlement l'examen des accusations formulées par Mkhwanazi. Une commission parlementaire doit notamment poursuivre ce jeudi l'examen de son projet de rapport
Pour The Citizen, cette crise pose désormais une question plus fondamentale : l'Afrique du Sud peut-elle restaurer la confiance dans son système judiciaire et policier ?
Autre sujet qui préoccupe aujourd'hui le pays : des étudiants protestataires ont obtenu la suspension des activités académiques de plusieurs établissements, signe que les tensions sociales demeurent fortes.
Le fait politique majeur : en Afrique du Sud, la crise n'est plus seulement une question de criminalité. Elle touche directement la crédibilité de la police, de la justice et des institutions de l'État.
Égypte–Éthiopie : le Nil redevient un foyer de tension stratégique
La question du Nil revient au premier plan entre Le Caire et Addis-Abeba.
La presse égyptienne s'inquiète des projets éthiopiens visant à développer de nouvelles infrastructures hydrauliques sur le Nil Bleu. Al-Ahram Weekly rapporte que Le Caire se prépare à réagir à ce qu'il considère comme une tentative éthiopienne de renforcer son contrôle sur le fleuve.
La tension est d'autant plus sensible que l'Éthiopie a déjà achevé son gigantesque Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD), source de conflit avec l'Égypte depuis des années.
Selon plusieurs médias africains, l'annonce par Addis-Abeba de trois nouveaux projets de barrages hydroélectriques sur le Nil Bleu a ravivé le contentieux. L'absence d'un accord contraignant sur le remplissage et l'exploitation des infrastructures continue d'alimenter la méfiance du Caire.
La rhétorique égyptienne s'est d'ailleurs durcie. Des responsables égyptiens ont récemment évoqué le « droit à l'autodéfense » face à des actions éthiopiennes qui pourraient, selon Le Caire, menacer ses intérêts vitaux en matière d'eau.
Le dossier est donc en train de dépasser la seule question environnementale : l'eau du Nil devient un enjeu de sécurité nationale et de puissance régionale.
Éthiopie : l'ambition régionale d'Addis-Abeba
Pour Addis-Abeba, le développement hydroélectrique reste au cœur de sa stratégie économique. Le pays veut exploiter son immense potentiel énergétique et devenir un important fournisseur d'électricité dans la région.
Mais cette ambition se heurte à la perception égyptienne selon laquelle l'Éthiopie cherche à modifier durablement l'équilibre hydrique du bassin du Nil.
La tension est donc particulièrement délicate : l'Éthiopie considère le développement de son potentiel hydraulique comme un droit souverain, tandis que l'Égypte considère la sécurité de ses ressources en eau comme une question existentielle.
Cette confrontation pourrait devenir l'un des grands dossiers géopolitiques africains des prochains mois.
RDC : l'épidémie d'Ebola prend une tournure dramatique
La République démocratique du Congo reste confrontée à une situation sanitaire extrêmement préoccupante.
Selon l'OMS, l'épidémie d'Ebola en RDC continue de progresser alors que l'épidémie parallèle en Ouganda vient d'être déclarée terminée. Le foyer congolais n'est toujours pas maîtrisé.
L'OMS avait indiqué cette semaine que plus de 5 200 cas avaient été enregistrés depuis le début de l'épidémie. La transmission demeure particulièrement rapide, avec environ 90 nouveaux cas confirmés par jour en moyenne durant les trois premiers mois, un rythme supérieur à celui observé lors de précédentes grandes épidémies.
L'Ituri reste l'épicentre, concentrant environ 85 % des cas et 79 % des décès selon l'OMS.
Mais la crise sanitaire se double d'une crise sociale. Le Monde rapporte aujourd'hui que des personnels de santé engagés dans la lutte contre Ebola ont organisé des mouvements de grève sporadiques depuis début juillet pour réclamer le paiement de leurs salaires.
Sur le front sécuritaire, la situation demeure également tendue dans l'est du pays. IOL, citant l'AFP, rapporte que la RDC a suspendu les activités universitaires dans les zones contrôlées par le M23.
Deux crises se superposent donc en RDC : une crise sanitaire majeure et une crise sécuritaire persistante dans l'Est.
AES : la Confédération accélère sa construction institutionnelle
Dans les pays de l'Alliance des États du Sahel, l'actualité est dominée par la consolidation de la nouvelle architecture confédérale.
Le Parlement confédéral de l'AES, réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, poursuit à Niamey sa première session ordinaire. Après son installation, les parlementaires ont commencé à structurer les différentes commissions, notamment celles consacrées à la défense et à la sécurité, à la diplomatie et au développement.
Les experts des trois pays examinent également la mise en œuvre de la feuille de route de l'An II de la Confédération. L'objectif affiché est de transformer progressivement l'ancienne alliance militaire et politique en une organisation dotée d'institutions communes
Au Burkina Faso, la presse nationale met aujourd'hui l'accent sur la lutte contre les groupes armés et sur les réseaux économiques qui soutiennent les chefs terroristes. Sidwaya insiste notamment sur la nécessité de s'attaquer aux structures financières du terrorisme.
Autre rendez-vous important : le Forum confédéral de la jeunesse et du volontariat, prévu du 28 au 30 août à Ouagadougou. Quelque 300 jeunes du Burkina Faso, du Mali et du Niger doivent y participer autour de la consolidation de la Confédération
Le mouvement est donc clair : après la coopération militaire, l'AES cherche désormais à bâtir des institutions communes — Parlement, diplomatie, défense, développement, jeunesse et médias.
Autres faits marquants du continent
Guinée : après le drame de la décharge
La catastrophe de la décharge de Dar-es-Salam à Conakry, qui a fait au moins une trentaine de morts, continue de susciter des interrogations sur la sécurité des sites de déchets et l'urbanisation anarchique. Le drame intervient après de fortes pluies et met une nouvelle fois en évidence la vulnérabilité des populations installées autour des décharges.
Sénégal : une avancée médicale à suivre
Une information à forte portée sociale attire aussi l'attention : selon l'AFP, un laboratoire sénégalais produit désormais un **médicament générique à base d'hydroxyurée**, traitement de référence contre la drépanocytose. Cette production locale pourrait contribuer à réduire le coût de ce médicament en Afrique.
Afrique–Europe : les migrations restent sous tension
La question migratoire demeure également très présente dans l'actualité africaine, notamment autour de l'Afrique du Nord et de l'Europe, alors que plusieurs pays renforcent les contrôles et que les drames liés aux traversées clandestines se multiplient.
En résumé
1. Le Nigeria fait face à une industrialisation du kidnapping.
Les chiffres publiés aujourd'hui montrent que les enlèvements sont devenus une source considérable de financement pour les groupes armés.
2. L'Afrique du Sud traverse une crise institutionnelle profonde.
La commission Madlanga révèle progressivement les liens présumés entre criminalité organisée, police et sphères d'influence politique.
3. Le Nil redevient un dossier géopolitique majeur.
L'Égypte et l'Éthiopie restent enfermées dans une confrontation stratégique autour de l'eau, alors que les projets hydrauliques d'Addis-Abeba se multiplient.
4. La RDC est confrontée à une double urgence.
L'épidémie d'Ebola progresse à un rythme inquiétant tandis que les violences dans l'Est continuent de perturber la vie civile et les services publics.
5. L'AES passe de l'alliance à la construction d'un État régional.
L'installation du Parlement confédéral constitue une étape importante dans la transformation du Burkina Faso, du Mali et du Niger en un bloc institutionnel plus intégré.
De Pretoria à Abuja, de Kinshasa à Niamey, l'actualité africaine reste dominée par la question de la souveraineté et de la capacité des États à assurer la sécurité de leurs populations.
Mais derrière les crises sécuritaires apparaît une autre tendance :les États africains cherchent de plus en plus à construire leurs propres réponses, qu'il s'agisse de coopération régionale avec l'AES, de production pharmaceutique au Sénégal, d'indépendance énergétique en Éthiopie ou de réformes institutionnelles en Afrique du Sud.
C'est probablement l'un des grands enseignements de cette journée du 27 août 2026 : une Afrique confrontée à de profondes crises, mais qui cherche simultanément à renforcer ses capacités propres et son autonomie stratégique.