De Johannesburg à Abuja, d’Addis-Abeba au Caire, de Kinshasa au Sahel, l’actualité africaine de ce lundi 17 août 2026 est dominée par les recompositions politiques, les tensions autour des ressources stratégiques et les crises sécuritaires et sanitaires. La presse met particulièrement en lumière le sommet de la SADC en Afrique du Sud, le scrutin d’Osun au Nigeria, le regain de tension entre l’Éthiopie et l’Égypte autour du Nil, les nouvelles crispations entre Addis-Abeba et Khartoum, ainsi que l’aggravation spectaculaire de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. Dans le Sahel, le financement des groupes jihadistes et la consolidation de l’Alliance des États du Sahel (AES) restent au cœur des préoccupations.
Afrique du Sud : la SADC à Durban, entre intégration régionale et bataille pour les ressources
L’Afrique du Sud s’impose comme l’un des principaux centres de gravité de l’actualité africaine de ce lundi avec l’ouverture, à Durban, du 46e sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Le sommet est présidé par le chef de l’État sud-africain, Cyril Ramaphosa.
La rencontre place au premier plan la volonté de la région d’accélérer son industrialisation en s’appuyant sur les infrastructures, l’agriculture et surtout la transformation des minerais critiques, devenus un enjeu majeur de la compétition économique et géopolitique mondiale. Le thème retenu est particulièrement révélateur : construire une industrialisation « résiliente, durable et inclusive » grâce aux infrastructures, à l’agriculture et à la transformation des minerais critiques
Dans son message consacré à la Journée de la SADC, Ramaphosa insiste sur l’intégration régionale, la paix et la prospérité partagée. Le président sud-africain appelle les États membres à renforcer les liens qui les unissent et à faire de l’organisation un instrument davantage tourné vers les besoins des populations.
Mais l’économie occupe également une place importante dans les nouvelles du jour. Reuters rapporte que le rand sud-africain s’est apprécié lundi matin face au dollar, dans l’attente des chiffres de l’inflation qui seront publiés mercredi. Les marchés anticipent un ralentissement de l’inflation, après le pic de 5 % enregistré en juin.
Autre signal intéressant : le groupe minier Thungela Resources a annoncé une forte progression de ses bénéfices semestriels, dopés par la hausse des prix du charbon et l’augmentation de ses exportations. Son bénéfice par action est passé de 1,92 à 4,80 rands sur un an. Les ventes à l’export ont également progressé de 12 %.
La presse sud-africaine souligne ainsi une contradiction : alors que le pays cherche à positionner l’Afrique australe au cœur des nouvelles chaînes de valeur liées aux minerais critiques, il doit parallèlement s’attaquer à ses propres problèmes structurels, notamment l’eau, les infrastructures, l’exploitation minière illégale et les inégalités.
Le Mail & Guardian, dans ses publications du jour, place également les questions de transformation sociale, d’égalité entre les femmes et les hommes et de résilience climatique au cœur de ses analyses
Nigeria : la victoire d’Adeleke à Osun comme avant-goût de 2027
Au Nigeria, le scrutin gouvernatorial d’Osun continue de dominer les pages politiques. La réélection du gouverneur **Ademola Adeleke** est analysée comme un test important pour le pouvoir du président Bola Tinubu à l’approche de la présidentielle de 2027.
Selon la presse nigériane, l’élection constitue un revers politique pour l’APC, le parti présidentiel. La Commission électorale a donné Adeleke vainqueur avec 511 067 voix, contre 445 815 à son adversaire du Congrès des progressistes, Bola Oyebamiji. ([The Sun Nigeria][6])
Le quotidien The Guardian Nigeria s’interroge, dans son analyse publiée ce lundi, sur les enseignements démocratiques du scrutin d’Osun.
L’enjeu dépasse donc largement les frontières de l’État d’Osun. Pour l’opposition, cette victoire nourrit l’idée que l’APC peut être battu dans les urnes. Pour le camp présidentiel, elle constitue au contraire un avertissement : la bataille de 2027 sera loin d’être gagnée d’avance.
La presse nigériane relève d’ailleurs une situation politiquement paradoxale. Après sa victoire, Adeleke a adressé un geste d’ouverture à Tinubu, tandis que certains responsables de l’opposition voient déjà dans le scrutin d’Osun un signal annonciateur d’une recomposition nationale. L’APC, de son côté, n’exclut pas des recours et dit étudier les résultats avec ses avocats.
Cette actualité électorale intervient dans un contexte où le Nigeria reste confronté à de lourdes difficultés économiques et sécuritaires. La question du pouvoir d’achat, du chômage, de l’insécurité et de la capacité de l’État à assurer les services essentiels reste déterminante pour l’avenir politique de Tinubu.
Éthiopie : Addis-Abeba au cœur de nouvelles tensions régionales
En Éthiopie, l’attention se porte notamment sur les relations de plus en plus délicates entre Addis-Abeba et Khartoum.
Une analyse publiée ce lundi par Africa Intelligence souligne les efforts discrets de Malik Agar, vice-président du Conseil souverain soudanais, pour réduire les tensions avec l’Éthiopie. Les relations entre les deux pays se sont dégradées ces derniers mois, notamment dans le contexte de la guerre au Soudan et des accusations croisées concernant les soutiens extérieurs aux différents protagonistes du conflit
La situation est d’autant plus sensible que la frontière éthiopio-soudanaise reste une zone stratégique. Les tensions autour du Tigré, du conflit soudanais et du contrôle des espaces frontaliers risquent de créer un dangereux effet domino dans toute la Corne de l’Afrique.
L’Éthiopie se trouve par ailleurs au centre d’une autre crise diplomatique majeure : celle du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD).
Égypte–Éthiopie : le Nil redevient une ligne de fracture majeure
C’est probablement l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles de la journée.
La presse égyptienne et arabe rapporte une nouvelle mise en garde du Caire contre Addis-Abeba après des déclarations du ministre éthiopien de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Geleta, évoquant la possibilité de construire de nouveaux barrages sur le Nil.
Une source officielle égyptienne a averti que l’Égypte n’accepterait pas qu’un quelconque État puisse « contrôler » le débit du Nil vers les pays situés en aval. Le message est particulièrement ferme : Le Caire affirme disposer de plusieurs moyens pour défendre ses intérêts vitaux.
La querelle autour du GERD dure depuis une quinzaine d’années, mais elle prend une nouvelle dimension à mesure qu’Addis-Abeba entend exploiter pleinement son potentiel hydroélectrique et que Le Caire considère le débit du Nil comme une question existentielle.
Le dossier est également crucial pour le Soudan, situé entre les deux pays. Une nouvelle escalade entre l’Égypte et l’Éthiopie pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà du seul contentieux hydraulique.
La presse égyptienne insiste sur la dimension juridique du différend. Ahram Online relaie notamment les critiques d’un ancien ministre égyptien de l’Eau et de l’Irrigation, qui accuse l’Éthiopie de ne pas respecter le droit international dans sa politique de construction de barrages.
Le Nil apparaît ainsi de plus en plus comme un instrument de puissance : derrière la bataille pour l’eau se profile une compétition plus large pour l’influence dans la Corne de l’Afrique et en Afrique du Nord-Est.
RDC : l’épidémie d’Ebola devient la plus meurtrière de l’histoire du pays
En République démocratique du Congo, la situation sanitaire prend une tournure dramatique.
Le chiffre fait la une de plusieurs médias africains et internationaux ce lundi : l’épidémie d’Ebola est désormais la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC.
Selon les dernières données officielles reprises par Reuters, le bilan atteint 2 325 morts pour 4 945 cas confirmés. Pas moins de 101 nouveaux cas ont été détectés au cours des dernières 24 heures prises en compte dans le dernier bilan.
Le bilan dépasse désormais celui de l’épidémie de 2018-2020, qui avait fait 2 299 morts. La vitesse de propagation inquiète particulièrement les autorités sanitaires : l’actuelle épidémie a franchi le seuil des 2 000 décès en moins de trois mois.
Cette crise est d’autant plus préoccupante que le virus circule dans des régions déjà fragilisées par les déplacements de populations, l’insécurité et l’insuffisance des infrastructures sanitaires.
La crise d’Ebola rappelle ainsi une réalité plus large : en Afrique, les urgences sanitaires restent étroitement liées aux conflits, à la pauvreté, aux déplacements forcés et à la faiblesse des systèmes de santé.
AES : le Sahel confronté au problème du financement du jihadisme
Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger —, la question sécuritaire reste au premier plan.
Une enquête et un rapport des Nations unies, largement repris ce lundi, apportent un éclairage particulièrement préoccupant sur le financement des groupes jihadistes. Selon des experts de l’ONU, une rançon d’environ **50 millions de dollars**, versée en 2025 pour obtenir la libération d’un otage détenu au Mali, aurait pour l’essentiel bénéficié à des groupes liés à Al-Qaïda opérant dans le Sahel.
Les fonds auraient notamment contribué au financement des opérations de Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), la principale coalition jihadiste affiliée à Al-Qaïda dans la région. Une partie de l’argent aurait également circulé vers la direction d’Al-Qaïda et sa branche au Yémen.
L’affaire met en évidence une difficulté majeure pour les gouvernements de l’AES : la lutte contre les groupes armés ne se joue plus seulement sur le terrain militaire. Elle se joue également sur le terrain financier.
Le financement issu des rançons, du trafic, de l’or, de la taxation des populations et du contrôle de certaines zones économiques permet aux groupes jihadistes de maintenir leurs capacités opérationnelles malgré les opérations militaires.
Pour les régimes de Bamako, Ouagadougou et Niamey, qui ont fait de la souveraineté et de la lutte contre le terrorisme les piliers de leur politique, le défi est donc considérable. L’enjeu est désormais de démontrer que la nouvelle architecture sécuritaire du Sahel peut effectivement reprendre le contrôle des territoires et des circuits économiques qui alimentent les groupes armés.
Une Afrique où la question des ressources devient centrale
Au-delà des événements propres à chaque pays, la presse de ce lundi fait apparaître une tendance lourde : la bataille pour les ressources africaines devient un élément structurant de la géopolitique du continent.
En Afrique du Sud, le sommet de la SADC met en avant les minerais critiques et leur transformation locale. En Éthiopie et en Égypte, c’est l’eau du Nil qui cristallise les tensions. En RDC, les ressources minières demeurent intimement liées aux enjeux économiques et sécuritaires, tandis que le Sahel reste marqué par la lutte autour du contrôle des territoires, des routes commerciales et des ressources minières.
Cette évolution intervient dans un contexte international où les grandes puissances cherchent à sécuriser leur accès aux matières premières stratégiques nécessaires aux transitions énergétique et numérique.
Le continent face à trois grands défis
À la lecture des informations disponibles ce lundi 17 août, trois grandes tendances se dégagent.
Premièrement, la recomposition politique. Le Nigeria offre l’exemple le plus spectaculaire avec le scrutin d’Osun, qui donne déjà un avant-goût de la bataille présidentielle de 2027. En Afrique australe, la SADC tente de renforcer son intégration autour d’une stratégie économique commune.
Deuxièmement, la compétition pour les ressources stratégiques. Le Nil, les minerais critiques, le pétrole, le gaz et le charbon sont devenus des instruments de puissance autant que des facteurs de développement.
Troisièmement, la persistance des crises sécuritaires et humanitaires. Du Sahel à la RDC, les États doivent faire face à des groupes armés capables de mobiliser des ressources financières importantes, tandis que les populations civiles continuent de payer le prix fort.