(AfriquesPlus) - De Johannesburg à Niamey, de Kinshasa au Caire et d’Abuja à Addis-Abeba, l’actualité africaine de ce mercredi 16 septembre est marquée par une forte concentration de sujets sécuritaires, diplomatiques et économiques. L’Afrique du Sud est confrontée à une nouvelle série de meurtres de femmes et à des tensions persistantes avec le Nigeria. Au Nigeria, la lutte contre les réseaux de drogue s’intensifie. En Égypte, la question de la sécurité de la mer Rouge domine l’agenda régional. En RDC, les discussions sur la paix dans l’Est se poursuivent tandis que l’épidémie d’Ebola reste préoccupante. Au Sahel, la violence jihadiste continue de progresser, pendant que les pays de l’AES renforcent leur coopération économique et culturelle.
Afrique du Sud : sept femmes retrouvées mortes, le pays à nouveau confronté à la violence contre les femmes
La situation sécuritaire occupe une place centrale dans l’actualité sud-africaine. La police enquête sur la mort de sept femmes dont les corps ont été découverts au cours des deux derniers mois dans et autour d’Ekurhuleni, à l’est de Johannesburg. Plusieurs victimes présentaient des signes de violences sexuelles. Les autorités cherchent notamment à déterminer s’il existe un lien entre ces différents meurtres ou s’ils sont le fait de plusieurs auteurs.
Le président Cyril Ramaphosa a promis que toute la lumière serait faite sur ces affaires et appelé les forces de sécurité à intensifier leurs investigations. La multiplication de ces découvertes ravive le débat national sur les violences faites aux femmes et sur l’efficacité des dispositifs de prévention et de protection.
La presse internationale relève également une nouvelle tension entre Pretoria et Washington. Les États-Unis ont annoncé de nouvelles restrictions de visas visant certains ressortissants sud-africains, dans le cadre d'un différend plus large sur les politiques sud-africaines concernant les terres, les questions raciales et la politique étrangère. Pretoria rejette certaines accusations formulées par Washington et défend sa politique de réforme foncière et son approche en matière de relations internationales.
Cette actualité intervient alors que les relations entre l’Afrique du Sud et le Nigeria restent également fragiles. Le Parlement nigérian a récemment décidé de suspendre les visites parlementaires officielles en Afrique du Sud, après de nouvelles accusations de violences visant des Nigérians et d’autres migrants africains.
Nigeria : démantèlement d’un laboratoire industriel de méthamphétamine
À Abuja, la lutte contre le trafic de stupéfiants prend une nouvelle dimension. Les autorités nigérianes ont démantelé un laboratoire industriel de méthamphétamine dans l’État d’Ebonyi et arrêté un ressortissant mexicain à l’aéroport de Lagos, alors qu’il tentait de quitter le pays. L’opération a été menée par la National Drug Law Enforcement Agency (NDLEA) après plusieurs mois d’enquête.
Les enquêteurs ont découvert de la méthamphétamine, plusieurs équipements destinés à sa fabrication ainsi que d’importantes quantités de produits chimiques. Selon l’AP, cette opération est la deuxième grande affaire de ce type impliquant des ressortissants nigérians et mexicains depuis le début de l’année.
Cette affaire souligne une évolution préoccupante pour l’Afrique de l’Ouest : le Nigeria et plusieurs autres pays de la région sont de plus en plus confrontés non seulement au transit, mais aussi à la production locale de drogues de synthèse.
Sur le terrain politique, les journaux nigérians mettent également en avant les premières batailles en vue des élections générales de 2027. Plusieurs responsables politiques ont déjà commencé à se positionner, alors qu'une partie importante des députés actuels ne devrait pas retrouver son siège après les prochaines élections législatives.
Éthiopie : Addis-Abeba entre diplomatie régionale et enjeux de sécurité
L’actualité éthiopienne est moins dominée aujourd’hui par un événement unique que par plusieurs dossiers régionaux. Addis-Abeba continue de renforcer son rôle diplomatique dans la Corne de l’Afrique, alors que les tensions régionales restent particulièrement sensibles autour de la mer Rouge, du Soudan et des relations avec l’Érythrée.
L’Éthiopie a notamment participé aux travaux extraordinaires de l’IGAD consacrés aux questions de paix et de sécurité dans la région. Les discussions ont porté sur l’évolution de la situation en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, mais également sur le Soudan, la Somalie et le Soudan du Sud.
Sur le plan international, Addis-Abeba cherche parallèlement à renforcer son influence économique et diplomatique. Le pays bénéficie du soutien des membres des BRICS pour plusieurs de ses candidatures internationales, notamment son ambition d’intégrer l’Organisation mondiale du commerce et sa candidature au Conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale.
L’Éthiopie apparaît ainsi comme un acteur incontournable des équilibres de la Corne de l’Afrique, notamment en raison de sa proximité avec le Soudan, l’Érythrée et la mer Rouge.
Égypte : Le Caire au cœur des préoccupations autour de la mer Rouge
Au Caire, l’attention se concentre sur la sécurité de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, réunis au Caire, ont insisté sur la nécessité de garantir la liberté et la sécurité de la navigation dans cette zone stratégique. Cette position intervient alors que les attaques des Houthis perturbent fortement les routes maritimes régionales
Pour l’Égypte, l’enjeu est particulièrement important en raison du rôle du canal de Suez, l’une des principales voies maritimes mondiales. Les perturbations prolongées du trafic de la mer Rouge peuvent affecter directement les recettes du canal et, plus largement, l’économie égyptienne.
Mais l’Égypte fait également parler d’elle sur le front énergétique. Le Caire avance avec un projet éolien de 2 000 MW dans le golfe de Suez, accompagné de la construction de la première usine égyptienne de fabrication d’éoliennes. Le projet associe investissement chinois, transfert de technologie et volonté de développer une industrie locale.
Cette stratégie vise à réduire la dépendance aux importations et à positionner l’Égypte comme un acteur industriel des énergies renouvelables à l’échelle africaine.
RDC : la paix dans l’Est à l’épreuve des négociations de Genève
En République démocratique du Congo, les regards se tournent vers Genève, où Kinshasa et Kigali poursuivent les discussions sur la mise en œuvre de leur accord destiné à mettre fin au conflit dans l’Est du pays.
Les négociations des 16 et 17 septembre interviennent alors que la situation sécuritaire demeure fragile. Le M23 contrôle toujours de vastes territoires dans l’Est de la RDC, tandis que persistent les divergences concernant notamment les FDLR, la présence militaire rwandaise et l’avenir des territoires contrôlés par le mouvement rebelle.
Sur le plan économique, Kinshasa cherche parallèlement à accélérer son partenariat stratégique avec les États-Unis dans le secteur des minerais critiques. Selon Reuters, le gouvernement congolais a créé une « DRC-USA Task Force » destinée à accélérer la mise en œuvre de cet accord et à attirer davantage d’investissements occidentaux dans les secteurs du cuivre et du cobalt.
Le gouvernement congolais a également approuvé un projet de budget de 24,8 milliards de dollars pour 2027, soit une progression de 12 % par rapport au budget révisé de l’année précédente, avec des priorités annoncées dans les infrastructures, la sécurité et la diversification économique.
Ebola : des signes encourageants mais encore trop tôt pour parler de victoire
Sur le front sanitaire, la situation liée à Ebola montre des signes d’amélioration, mais les organisations internationales appellent à la prudence.
Selon les informations rapportées par Reuters, le nombre quotidien de nouveaux cas est passé d’environ 120 au plus fort de l’épidémie à quelque 80, tandis que certaines zones sanitaires n’enregistrent plus de nouveaux cas depuis plusieurs semaines. Mais le Nord-Kivu demeure particulièrement préoccupant, avec une progression encore importante des contaminations.
AES : le Sahel confronté à une nouvelle poussée de la violence jihadiste
Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel, regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, la question sécuritaire reste au premier plan.
Une analyse publiée ce mercredi à partir des données d’ACLED fait état d’une forte progression des violences liées aux groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique dans les trois pays. Les incidents impliquant des groupes jihadistes seraient passés de 63 en 2016 à 2 845 en 2025, avec déjà 2 145 événements recensés en 2026.
Au Burkina Faso, le JNIM a revendiqué plus de 130 attaques en 2026 et ses opérations se rapprochent de plus en plus de Ouagadougou. Au Mali, le même groupe continue de renforcer son emprise sur certaines zones. Au Niger, l’État islamique au Grand Sahara demeure particulièrement actif
Cette évolution place la question sécuritaire au centre de la stratégie commune de l’AES.
Mais l’alliance cherche aussi à consolider son intégration dans des domaines non militaires. Au Burkina Faso, une réunion réunissant les ministres chargés des mines, de l’énergie et des hydrocarbures des trois pays a porté sur la valorisation commune des ressources naturelles et le développement industriel.
Au Niger, les ministres de la Culture du Burkina Faso et du Mali ont également travaillé sur la mise en œuvre d’une politique culturelle commune et sur la mutualisation des efforts dans les industries créatives, le patrimoine et la promotion des talents de l’espace AES.
Le continent reste marqué par les enjeux sécuritaires
Au-delà des pays suivis de près dans cette édition, les tendances de ce mercredi confirment le poids des questions sécuritaires dans l’agenda africain. Le Sahel demeure confronté à la progression des groupes armés, tandis que la RDC continue de chercher une issue diplomatique à la crise dans l’Est. En Afrique australe, la violence criminelle et les tensions liées aux migrations occupent une place importante.
Dans le même temps, plusieurs États cherchent à transformer leurs ressources naturelles et leurs infrastructures énergétiques en leviers de croissance. L’Égypte mise sur l’éolien et la fabrication locale, la RDC cherche à mieux valoriser son cuivre et son cobalt, tandis que les pays de l’AES mettent en avant la souveraineté économique et l’exploitation de leurs ressources.