(AfriquesPlus) - De Johannesburg à Minna, d’Addis-Abeba au Caire, de Kinshasa au Sahel, l’actualité africaine reste dominée ce samedi par les questions de sécurité, les tensions sociales et les crises sanitaires. La mort de 37 personnes détenues au Nigeria continue de provoquer une forte colère, tandis qu’en Afrique du Sud les féminicides mobilisent l’opinion. En Éthiopie, la levée de sanctions américaines contre l’Érythrée intervient dans un contexte régional sensible. En RDC, l’épidémie d’Ebola demeure particulièrement préoccupante. Dans l’espace AES, les questions sécuritaires restent au premier plan.
Nigeria : la colère persiste après la mort de 37 détenus
C’est l’un des principaux sujets de la presse africaine de ce samedi. Les autorités nigérianes enquêtent sur la mort de 37 personnes soupçonnées d’exploitation minière illégale, décédées alors qu’elles étaient détenues dans les locaux du Nigeria Security and Civil Defence Corps (NSCDC), dans l’État du Niger.
À Minna, des manifestations ont éclaté après la découverte des corps. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et ouvert le feu pour disperser les protestataires. Un couvre-feu avait été instauré après les violences.
Les témoignages de survivants renforcent les interrogations sur les conditions de détention. Certains affirment que les détenus étaient entassés dans des cellules mal ventilées et qu'ils avaient appelé à l'aide avant plusieurs décès. Les autorités avaient initialement évoqué une maladie, mais cette explication est désormais contestée
Le président Bola Tinubu a ordonné une enquête et plusieurs responsables du NSCDC ont été suspendus. Le gouverneur de l'État du Niger a également décrété trois jours de deuil. *Le Monde*, avec l’AFP, souligne que l’affaire a conduit au report du lancement de la campagne pour les élections prévues en janvier dans cet État.
Un dossier qui dépasse l'exploitation minière
L'affaire remet également en lumière l'ampleur de l'exploitation aurifère clandestine au Nigeria et les difficultés des autorités à contrôler les activités minières dans plusieurs régions. La question de la responsabilité des forces de sécurité et des conditions de détention est désormais au centre de l'enquête.
Afrique du Sud : les féminicides provoquent une nouvelle mobilisation
En Afrique du Sud, la série de meurtres de femmes autour de Johannesburg continue de susciter l'indignation.
Après la découverte de plusieurs corps dans la région d’Ekurhuleni, un neuvième corps de femme a été retrouvé jeudi, selon l’AFP. La police cherche à déterminer si ces crimes sont liés à un même auteur ou à plusieurs personnes. Un suspect a été arrêté et présenté devant la justice.
Ce samedi, le mouvement de protestation se poursuit. Des centaines de Sud-Africains ont notamment participé à une veillée contre les féminicides, signe de l’ampleur prise par l’affaire dans l’opinion
Le président Cyril Ramaphosa a promis que les autorités mettraient tout en œuvre pour faire la lumière sur ces meurtres. La question des violences faites aux femmes demeure l’un des problèmes sécuritaires et sociaux les plus persistants du pays.
La situation a également une dimension régionale : les relations entre Pretoria et plusieurs pays africains restent sensibles sur la question des violences visant les migrants. L’Associated Press rapportait récemment la mort de deux ressortissants nigérians en Afrique du Sud, dans un contexte de tensions anti-immigrés.
Éthiopie – Érythrée : Washington lève ses sanctions contre Asmara
Une annonce américaine constitue l’une des informations africaines importantes de ce samedi.
Les États-Unis ont annoncé la levée de sanctions visant le parti au pouvoir et l’armée érythréens, sanctions instaurées en 2021 en raison du rôle de l’Érythrée dans la guerre du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie
La décision concerne notamment plusieurs responsables érythréens ainsi qu’une entreprise publique. Le gouvernement érythréen a salué cette mesure, qu’il considère comme la correction d’une politique qu’il jugeait injustifiée
Cette évolution intervient alors que la situation autour du Tigré reste particulièrement sensible. Les tensions entre Addis-Abeba, les autorités du Tigré et l’Érythrée continuent d’être suivies de près dans le contexte plus large des rivalités autour de la mer Rouge.
La proximité de l’Érythrée avec le détroit de Bab el-Mandeb, aujourd’hui soumis à de fortes tensions liées au conflit au Yémen, donne également à la décision américaine une dimension stratégique.
Égypte : Le Caire face aux tensions en mer Rouge
L’Égypte reste très attentive à la dégradation de la situation en mer Rouge, notamment en raison des conséquences potentielles pour la navigation et pour le canal de Suez.
Le président Abdel Fattah al-Sissi a récemment rencontré le dirigeant saoudien Mohammed ben Salmane au Caire. Les deux pays ont appelé à préserver la liberté de navigation dans la mer Rouge alors que les attaques des Houthis et la situation au Yémen menacent l’un des principaux axes maritimes mondiaux.
Pour Le Caire, l’enjeu est particulièrement important : une dégradation durable de la circulation maritime autour de Bab el-Mandeb pourrait affecter directement les revenus et le trafic du canal de Suez, élément majeur de l’économie égyptienne.
La presse régionale observe parallèlement un rapprochement sécuritaire entre l’Égypte et l’Arabie saoudite face à cette nouvelle configuration de la mer Rouge
RDC : Ebola reste la principale alerte sanitaire
En République démocratique du Congo, la situation épidémiologique continue de préoccuper les organisations sanitaires internationales.
L’OMS estime que la réponse progresse dans certaines zones, notamment en Ituri, mais souligne que l’épidémie est loin d’être maîtrisée. Plus de 7 200 cas et plus de 3 500 décès avaient été rapportés, selon les dernières données communiquées par l’organisation.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a insisté sur la nécessité d’interrompre les chaînes de transmission, alors que la mobilité importante des populations complique la surveillance et le contrôle de l’épidémie.
Le Monde, citant l’OMS, faisait également état de 3 475 morts sur environ 7 200 cas confirmés au 15 septembre, avec une situation particulièrement préoccupante dans certaines zones du Nord-Kivu.
Cette crise sanitaire s’ajoute aux difficultés sécuritaires persistantes dans l’Est de la RDC, où la situation autour du M23 continue de peser sur les populations.
AES : sécurité et consolidation de la coopération
Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali et Niger — les questions sécuritaires restent au premier plan.
La presse spécialisée consacrée à l’espace AES rapporte notamment de nouvelles tensions liées aux opérations des groupes armés au Mali. Les développements autour de Dioura, où le JNIM a revendiqué une attaque, alimentent une nouvelle fois le débat sur la situation militaire dans le pays.
Au Niger, la période reste également marquée par les réorganisations au sein de l’appareil sécuritaire après la tentative de putsch d’août. Le Monde avait notamment rapporté le remplacement de plusieurs responsables gouvernementaux et militaires
Au Burkina Faso, le Mali et le Niger poursuivent parallèlement la construction des mécanismes de leur Confédération, avec l’objectif affiché de renforcer leur coopération en matière de défense, de développement et de gestion des frontières.
Soudan : la crise minière révèle l’ampleur du désastre
Le Soudan demeure également dans les préoccupations de la presse africaine. L'effondrement de la mine d'or d'Al-Zaraa, dans le Kordofan, a fait au moins 82 morts selon une source des Forces de soutien rapide citée par l'AFP. D'autres sources ont avancé des bilans différents, ce qui illustre les difficultés à établir des chiffres fiables dans les zones contrôlées par les forces en conflit.
La catastrophe rappelle surtout le rôle de l'or dans l'économie de guerre soudanaise et les conditions particulièrement dangereuses dans lesquelles travaillent de nombreux mineurs artisanaux.
A retenir
Nigeria : enquête après la mort de 37 personnes détenues pour exploitation minière présumée illégale ; manifestations et couvre-feu à Minna.
Afrique du Sud : mobilisation contre les féminicides après la découverte d'une série de corps de femmes autour de Johannesburg.
Éthiopie/Érythrée : Washington lève les sanctions visant le parti au pouvoir et l'armée érythréens, dans un contexte régional marqué par les tensions autour du Tigré et de la mer Rouge.
Égypte : Le Caire reste fortement mobilisé face aux risques pesant sur la navigation en mer Rouge et sur le canal de Suez.
RDC : l'épidémie d'Ebola continue de progresser malgré des signes d'amélioration dans certaines zones.
AES : la coopération entre les trois États se poursuit tandis que les violences liées aux groupes armés restent une préoccupation centrale.
Soudan : l'effondrement d'une mine d'or dans le Kordofan met une nouvelle fois en lumière les conséquences humaines et économiques de la guerre