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Le canal de Suez, de symbole de domination à instrument de souveraineté égyptienne
Le Monde retrace comment cette voie maritime, longtemps contrôlée par les puissances occidentales, est devenue le théâtre de la construction politique et sociale de l'Égypte moderne
 

(AfriquePlus) - Dans le cinquième épisode de sa série « Suez, canal historique », Le Monde retrace comment cette voie maritime, longtemps contrôlée par les puissances occidentales, est devenue le théâtre de la construction politique et sociale de l'Égypte moderne. Un reportage signé Samuel Forey, envoyé spécial à Ismaïlia.

Le Monde décrit, à travers l'ambiance des mariages nocturnes d'Ismaïlia et la musique traditionnelle de la simsimiyya, une culture populaire née dans les quartiers arabes du canal, à l'écart des bases militaires britanniques et des quartiers réservés à la compagnie du canal. Samuel Forey s'appuie sur les propos de l'historien égyptien Mohamed El-Sayed pour rappeler que les Européens réduisaient alors les habitants locaux à une masse anonyme. Le journaliste cite également l'historienne Caroline Piquet, qui analyse le canal comme un exemple de domination déguisée en discours civilisationnel.

L'isthme du canal a été le foyer des premières mobilisations sociales et politiques modernes du pays : grève des charbonniers de Port-Saïd en 1882, premier syndicat en 1893, grève générale des employés du canal en 1919 en pleine lutte contre l'occupation britannique. L'article rappelle aussi que c'est à Ismaïlia qu'Hassan Al-Banna, jeune instituteur révolté par la présence anglo-française, fonde en 1928 le mouvement des Frères musulmans.

Le journal retrace les grandes étapes de l'émancipation égyptienne autour du canal : l'assaut britannique du commissariat d'Ismaïlia en 1952, qui déclenche la révolution aboutissant à la chute de la monarchie, puis la nationalisation du canal par Gamal Abdel Nasser en 1956, décision qui provoque l'intervention militaire tripartite franco-britannico-israélienne. Son échec, souligne l'article, transforme définitivement le statut du canal, désormais géré par une autorité égyptienne. Le récit se poursuit avec la guerre des Six Jours en 1967, puis la traversée réussie du canal par l'armée égyptienne lors de la guerre du Kippour en 1973, présentée comme une victoire politique majeure ayant ouvert la voie à la paix avec Israël en 1979.

L'article évoque la réouverture du canal en 1975 après des années de fermeture, sa reconversion vers le transport de marchandises, puis son rôle dans la révolution de 2011 contre Hosni Moubarak, avant la reprise en main par Abdel Fattah Al-Sissi en 2013. Le Monde détaille les grands travaux d'élargissement lancés par ce dernier en 2014, ainsi que la création d'une zone économique ambitieuse mais qui peine à se développer. Le reportage se conclut sur un constat plus amer : les habitants des villes du canal en sont aujourd'hui largement tenus à l'écart, sous surveillance, l'auteur lui-même n'ayant jamais obtenu l'autorisation de rencontrer des responsables de l'Autorité du canal de Suez ni de se rendre sur la voie d'eau durant son reportage.

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