(AfriquesPlus) - L’intelligence artificielle est-elle réellement devenue incontournable ? Pour David Krueger, la réponse est non. Dans une tribune publiée le 24 janvier 2026 par USA Today, l’enseignant-chercheur en intelligence artificielle soutient que la course actuelle vers des systèmes toujours plus puissants relève d’un choix politique et industriel, et non d’une évolution impossible à arrêter.
Le débat dépasse, selon lui, largement les usages actuels de ChatGPT ou des autres assistants conversationnels. Les entreprises technologiques investissent des sommes considérables dans le développement de systèmes et de robots capables d’accomplir des tâches humaines plus rapidement, à moindre coût et avec une intervention humaine réduite. L’objectif poursuivi par certains acteurs est notamment de parvenir à une « superintelligence », c’est-à-dire une intelligence artificielle largement supérieure aux capacités humaines.
Cette perspective fait craindre à l’auteur une transformation profonde du marché du travail et une concentration accrue du pouvoir économique et technologique. Il évoque déjà les suppressions d’emplois dans certains secteurs exposés à l’IA et les difficultés rencontrées par de jeunes diplômés pour accéder au marché du travail.
Mais c’est surtout le risque lié au contrôle de systèmes de plus en plus autonomes qui inquiète le chercheur. Selon lui, une course à la puissance technologique menée sans mécanismes de contrôle suffisamment robustes pourrait réduire l’influence humaine sur certaines décisions majeures, déstabiliser les systèmes politiques et accroître certains risques géopolitiques.
David Krueger rappelle avoir participé, en 2023, à l’initiative d’une déclaration internationale sur les risques liés à l’IA, signée par des centaines de chercheurs. Il estime que les scénarios de perte de contrôle ou d’affaiblissement durable de la capacité des humains à décider de leur avenir ne peuvent être écartés comme de simples scénarios de science-fiction.
Pour l’auteur, la possibilité de ralentir cette course existe encore. Il propose notamment de s’attaquer à l’un des principaux points de concentration de la chaîne technologique : la production des puces électroniques les plus avancées nécessaires au développement des systèmes d’IA de pointe.
Il cite notamment le taïwanais TSMC et le néerlandais ASML, deux acteurs essentiels de cette chaîne mondiale. La production de composants de dernière génération étant concentrée entre un nombre limité d’entreprises et de territoires, Krueger estime qu’un accord international sur leur développement et leur fabrication serait plus facilement contrôlable qu’une interdiction générale de l’intelligence artificielle.
Le professeur compare ces composants stratégiques aux technologies nécessaires au développement des armes nucléaires. Selon lui, la difficulté technique et la concentration géographique de leur production pourraient permettre aux États de vérifier plus efficacement le respect d'éventuels engagements internationaux.
Cette perspective devrait toutefois être accompagnée, estime-t-il, d'une action diplomatique entre les grandes puissances. Les États-Unis, qui occupent une position centrale dans l’écosystème mondial de l’IA, pourraient utiliser leur poids technologique et économique pour négocier un cadre international destiné à ralentir la course à la « superintelligence ».
La question ne se limite pas aux laboratoires et aux centres de recherche. L’essor de l’intelligence artificielle nécessite également d’importantes infrastructures, notamment des centres de données très consommateurs d’énergie et de ressources.
Aux États-Unis, des collectivités locales commencent à s’opposer à certains projets de centres de données. David Krueger cite notamment des initiatives prises dans plusieurs États ainsi que des moratoires adoptés par des villes et des comtés. Il relève également des mobilisations similaires au Mexique et en Irlande.
Le sénateur américain Bernie Sanders a, de son côté, proposé de limiter la construction de centres de données aux États-Unis. Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a également soutenu le renforcement du pouvoir des collectivités locales pour s’opposer à certains projets.
Pour Krueger, ces initiatives locales constituent toutefois seulement un premier niveau de réponse. Elles devraient désormais être complétées par une politique fédérale américaine et par une négociation internationale sur l’avenir de l’IA.
Le chercheur reconnaît que sa position pourrait lui valoir d’être qualifié de technophobe ou de « luddiste ». Il assure néanmoins qu’elle repose sur plus d’une décennie de travail dans le domaine de l’intelligence artificielle. Son message est clair : l’humanité n’est pas obligée de poursuivre indéfiniment la course vers des systèmes dont elle ne maîtrise pas encore les conséquences.
Dans cette tribune, David Krueger appelle ainsi à faire de 2026 non pas une nouvelle année d’accélération de la course à l’IA, mais le point de départ d’un accord international destiné à en limiter les risques.