(AfriquePlus) - Elles n'ont jamais eu besoin de diplôme de commerce pour dominer un secteur entier de l'économie ouest-africaine. Les Nana Benz, ce petit cercle de grossistes togolaises spécialisées dans le pagne, ont longtemps incarné une réussite économique atypique, portée par le sens des affaires, la négociation et une connaissance intime des goûts de leur clientèle. Reportage produit par l'INA (Institut national de l'audiovisuel) et réalisé en février 1998.
Tout se joue au marché d'Assiomé, à Lomé, considéré comme l'un des plus grands et des plus actifs d'Afrique de l'Ouest. Chaque matin, des centaines de commerçantes togolaises, béninoises, ghanéennes ou nigérianes s'y pressent pour s'approvisionner en pagnes. Au sommet de cette hiérarchie commerciale, une vingtaine de femmes seulement : les Nana Benz. Leur surnom, popularisé dans les années 1970, tient à leur signe extérieur de richesse le plus visible, la Mercedes-Benz, symbole d'une réussite que peu de commerçantes pouvaient alors afficher.
Ces grossistes traitent directement avec les fabricants de wax, notamment la société hollandaise Vlisco, dont certains motifs, vieux de plusieurs décennies, restent des incontournables du marché africain. La sélection des tissus, l'anticipation des tendances et la maîtrise des codes régionaux — certaines couleurs plaisant davantage au Nigeria, d'autres au Cameroun ou au Zaïre — constituent le cœur de leur savoir-faire.
Le commerce se transmet le plus souvent de mère en fille. Dans les échoppes comme dans les tractations avec les fournisseurs, la négociation reste un art où les Nana Benz excellent, marchandant chaque commande avec fermeté. Certaines d'entre elles gèrent seules l'ensemble de leur activité, de l'achat à la comptabilité, transformant parfois leur propre domicile en véritable entrepôt de tissus.
Leur rayonnement va bien au-delà du Togo. Des acheteuses viennent de RDC, du Congo, d'Angola ou du Niger pour s'approvisionner à Lomé avant de repartir revendre la marchandise dans leurs propres pays, parfois dans l'urgence, pour être les premières sur leur marché d'origine.
La dévaluation du franc CFA et l'alourdissement de la fiscalité ont depuis rogné une partie de leur superbe : plusieurs Nana Benz se disent aujourd'hui moins prospères qu'à leur âge d'or. Mais leur philosophie reste inchangée : considérer le stock de tissus comme une épargne de long terme, envers et contre les aléas économiques.