Skip to main content
Les rapports espagnols au cœur de la controverse sur le rôle du Maroc
Les documents déclassifiés du renseignement espagnol sur la crise migratoire de Ceuta sont au centre d’une controverse entre Madrid et Rabat
 

(AfriquesPlus) - Les documents déclassifiés du renseignement espagnol sur la crise migratoire de Ceuta sont au centre d’une controverse entre Madrid et Rabat. Dans une tribune publiée le 14 septembre 2026 par Morocco World News, Samir Bennis, cofondateur et éditeur du média, estime que ces documents ne permettent pas d’établir que le Maroc aurait organisé ou coordonné une opération de « guerre hybride » contre l’Espagne.

L’auteur revient sur les accusations formulées par Alberto Núñez Feijóo, président du Parti populaire espagnol, qui considère que Rabat aurait, par action ou par omission, contribué aux arrivées massives de migrants à Ceuta. Selon Bennis, cette interprétation est difficile à concilier avec les informations contenues dans les rapports du Centre national de renseignement espagnol (CNI).

Un premier document, daté du 27 juillet, faisait état d’une pression migratoire croissante sur Ceuta et Melilla et alertait sur les conséquences possibles d’une décision de la Cour suprême espagnole. Le CNI recensait alors près de 12 829 tentatives de passage à la nage vers Ceuta en 2025, dont 431 avaient effectivement abouti. Pour l’auteur, ces données ne suffisent pas à démontrer une volonté marocaine de faciliter les entrées.

Le 29 juillet, le CNI avait également identifié des appels diffusés sur WhatsApp et Facebook invitant des personnes à tenter de rejoindre Ceuta pendant les célébrations de la Fête du Trône. Les services espagnols avaient transmis ces informations à leurs homologues marocains, ainsi qu’à la Garde civile. Bennis souligne que cette coopération intervient précisément à la veille de la crise et contredit, selon lui, l’idée d’une opération préparée conjointement par des réseaux marocains et les autorités de Rabat.

Les rapports décrivent ensuite des forces marocaines confrontées à un afflux exceptionnel de migrants. Des renforts avaient été envoyés à la frontière, mais les unités présentes auraient été dépassées par l’ampleur du rassemblement. Des unités antiémeutes ont finalement été mobilisées, tandis qu’une partie des migrants tentait de contourner les dispositifs en passant par la mer.

La documentation espagnole fait également état d’une coopération marocaine persistante dans la lutte contre les passages clandestins avant et pendant la crise. La Marine royale avait notamment accru ses interceptions et la Garde civile espagnole avait signalé plusieurs opérations contre les réseaux de passeurs. Pendant les événements, le CNI considérait encore les autorités marocaines comme « raisonnablement coopératives », tout en constatant qu’elles étaient débordées par le volume des opérations.

L’un des facteurs déterminants aurait également été la circulation rapide de témoignages sur les réseaux sociaux. Des vidéos montrant des personnes parvenues à entrer à Ceuta sans être immédiatement renvoyées auraient encouragé de nouvelles tentatives. Le CNI évoquait ainsi un important « facteur d’attraction », venant amplifier une mobilisation déjà engagée.

Bennis reconnaît que les documents espagnols peuvent alimenter un débat sur la rapidité et l’efficacité de la réponse marocaine. Le CIFAS, le renseignement militaire espagnol, aurait notamment envisagé une possible négligence ou passivité des forces marocaines, tout en jugeant très probable qu’elles ne facilitaient pas activement les arrivées.

La question reste donc, selon cette analyse, de savoir s’il existe un lien démontré entre les réseaux ayant organisé les appels à rejoindre Ceuta et les autorités marocaines. Pour Samir Bennis, les documents disponibles établissent une mobilisation migratoire importante, une réponse marocaine parfois dépassée et d’éventuelles insuffisances opérationnelles, mais pas l’existence d’une opération d’État marocaine visant à mener une « guerre hybride » contre l’Espagne.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
1178
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3