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Les Springboks conquièrent enfin les townships
Il aura fallu deux sacres mondiaux pour qu'un sport perçu comme réservé à une minorité devienne l'affaire de tout un pays. À Johannesburg, le choc contre les All Blacks samedi 22 août a confirmé cette bascule
 

(AfriquePlus) - Le rugby sud-africain change de visage. À Soweto, quartier historiquement acquis au football, des habitants comme Thapelo Lekgetho suivent désormais chaque match des Springboks, au point de se faire dérober son maillot avant la rencontre contre les All Blacks à Johannesburg. Une anecdote révélatrice, rapportée par la journaliste Claire Bargelès dans Le Monde du 23 août 2026, d'un attachement populaire longtemps réservé à une minorité blanche du pays.

Ce basculement s'enracine dans deux moments forts. D'abord le titre mondial décroché au Japon en 2019 sous la direction de Siya Kolisi, premier capitaine noir de l'histoire de l'équipe, un épisode que Thapelo Lekgetho décrit comme un déclic personnel dans son rapport à ce sport. Puis la finale mondiale de 2023 en France, qui a scellé, selon Le Monde, l'adhésion de la « nation arc-en-ciel » à une sélection désormais affranchie des souvenirs de l'apartheid.

Une enquête du cabinet Nielsen Sports citée par le quotidien français relève une hausse continue de l'intérêt porté aux Springboks au sein des communautés noire et métisse depuis 2018-2019, une progression que Kelvin Watt, responsable de l'institut en Afrique du Sud, attribue notamment à l'implantation croissante du rugby dans les écoles fréquentées par les enfants noirs, entraînant familles et communautés dans son sillage.

Cet engouement se lit jusque dans l'économie locale. À Soweto, la responsable du bar Disoufeng, Pearl Nkosi, constate auprès de Le Monde une affluence grandissante les soirs de match, portée par les victoires de l'équipe nationale. La diversité de l'effectif y joue un rôle moteur, avec l'émergence d'une nouvelle génération de joueurs noirs, à l'image d'Aphelele Fassi ou Sacha Feinberg-Mngomezulu, appelés à porter les couleurs sud-africaines lors du prochain Mondial.

Pour le chercheur Omar Esau, de l'université de Stellenbosch, l'image des Springboks est aujourd'hui associée à l'espoir et à la liberté, dans un pays miné par la crise économique et le chômage. Il nuance toutefois cet élan populaire en rappelant que les stades restent souvent inaccessibles aux plus modestes, faute de moyens pour s'offrir un billet.

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