(AfriquesPlus) - L’essor des ambitions africaines en matière d’investissement transforme progressivement les politiques d’immigration du continent. Dans une analyse publiée ce 18 août 2026, le cabinet spécialisé Fragomen, sous la plume de Lunga Mani, observe que de plus en plus de gouvernements utilisent les dispositifs migratoires pour attirer les capitaux étrangers, les compétences et les activités économiques.
L’Afrique voit ainsi se multiplier les visas destinés aux investisseurs, les réformes des conditions d’entrée et les mécanismes facilitant la mobilité professionnelle. En Afrique australe, l’Eswatini prépare notamment un visa d’investissement, tandis que Maurice envisage un « Golden Visa » destiné aux investisseurs et aux personnes fortunées. La Zambie a également engagé plusieurs réformes, avec l’élargissement de son programme d’exemption de visa, l’adoption d’une nouvelle législation sur l’immigration et des mesures visant à faciliter les déplacements liés aux affaires et aux investissements.
Cette ouverture s’accompagne toutefois d’un durcissement des exigences pour les entreprises. Les politiques de préférence nationale, les tests destinés à vérifier la disponibilité de travailleurs locaux et la reconnaissance des qualifications étrangères prennent une place croissante. La Namibie envisage ainsi d’imposer aux entreprises du secteur pétrolier des plans de contenu local, tandis que le Mozambique exige désormais qu’un employeur démontre l’absence de candidat national qualifié avant de recruter un étranger. En Zambie, la vérification des qualifications peut également allonger les procédures.
Pour Fragomen, cette évolution crée un nouvel équilibre : les États cherchent à rendre leurs marchés plus attractifs tout en renforçant leur contrôle sur l’emploi étranger. Les entreprises internationales doivent donc composer avec des délais administratifs variables et des règles différentes d’un pays à l’autre.
La mobilité intra-africaine demeure par ailleurs un enjeu. Selon le Africa Visa Openness Report 2025, environ la moitié des situations de déplacement entre pays africains nécessitent encore l’obtention d’un visa avant le départ. Dans ce contexte, la simplification des formalités d’entrée peut devenir un argument de compétitivité pour les pays désireux d’attirer investisseurs et entreprises.
La transformation passe également par le numérique. Plusieurs États développent les autorisations électroniques de voyage (ETA) et les visas électroniques afin de moderniser la gestion des frontières. Le Kenya est passé du système de visa électronique à celui de l’ETA, tandis que l’Afrique du Sud et la Somalie ont également développé leurs propres dispositifs. Ces outils doivent faciliter les déplacements tout en permettant aux administrations de mieux contrôler les flux.
Mais la transition numérique n’est pas sans difficultés. Les conditions d’éligibilité peuvent rester difficiles à comprendre et les changements de systèmes créer des incertitudes pour les voyageurs comme pour les entreprises.
Selon l’analyse de Lunga Mani, l’immigration devient ainsi un élément à part entière des stratégies économiques africaines. L’enjeu pour les gouvernements est désormais de trouver un équilibre entre l’attractivité des investissements, l’accès aux compétences internationales et la protection du marché du travail local. Pour les entreprises, la capacité à anticiper les évolutions réglementaires et à intégrer les contraintes migratoires dans leurs stratégies d’implantation pourrait devenir déterminante.