(AfriquesPlus) - Le Gabon fait face à une nouvelle offensive autour d’une dette ancienne liée à un contrat conclu avec le groupe émirati Paramount Group. Le fonds sud-africain Bosch Capital, qui détient désormais cette créance, donne à Libreville jusqu’au 3 septembre pour régler environ 330 millions de dollars, faute de quoi il menace de saisir différents acteurs des marchés financiers et d’engager de nouvelles procédures.
Dans un article publié jeudi 27 août 2026, Africa Intelligence, sous la plume d’Antoine Rolland, rapporte que Bosch Capital a adressé le 24 août une lettre au ministre délégué au Budget, Marc Abeghe, lui demandant le paiement « immédiat » de cette somme avant le 3 septembre à 17 heures, heure de Londres.
Le fonds, qui a acquis en juin 2025 les droits sur la créance de Paramount Group, menace, en cas de non-paiement, d’informer notamment les agences de notation, les banques, les détenteurs d’obligations et d’autres acteurs des marchés que l’État gabonais refuse de s’acquitter d’une dette souveraine existante.
Le différend remonte à 2014, lorsque le Gabon avait conclu avec Paramount Group un contrat de maintenance d’équipements. Les impayés se sont accumulés au fil des années, conduisant le groupe à engager une procédure devant la London Court of International Arbitration (LCIA) au début des années 2020.
Après le coup d’État du 30 août 2023 et l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema, de nouvelles discussions avaient été engagées pour parvenir à un règlement à l’amiable. Selon une correspondance citée par Africa Intelligence, le président de la transition avait alors reconnu la dette et accepté un échéancier de paiement, qui n’a toutefois jamais été mis en œuvre.
Libreville conteste désormais la régularité du contrat. Dans une correspondance adressée à Bosch Capital le 3 août, Marc Abeghe a fait valoir que les conditions de conclusion et d’exécution du contrat signé en 2014 sous la présidence d’Ali Bongo présentaient, selon le gouvernement, de « très sérieuses indications » de violations des lois gabonaises et de l’ordre public international.
Une ligne de défense qui n’a pas convaincu le fonds sud-africain. Dans sa réponse du 24 août, son avocat Mark Beer, du cabinet Seven Pillars Law, a accusé le gouvernement gabonais de recourir à des « manœuvres dilatoires ».
Cette stratégie de contestation de la régularité des contrats n’est pas nouvelle pour Libreville. Africa Intelligence rappelle qu’elle avait déjà été utilisée dans les différends opposant l’État gabonais à Santullo-Sericom et Webcor ITP. Dans ces deux affaires, les juridictions françaises avaient annulé en 2021 et 2022 des sentences arbitrales défavorables au Gabon après la production d’éléments faisant état d’allégations de corruption dans les contrats concernés.
Bosch Capital avait déjà exercé des pressions similaires en juillet 2025. À l’époque, le fonds avait exigé la conclusion d’un accord transactionnel et le versement d’une première tranche de 36 millions de dollars. Ses avocats avaient également menacé de relancer l’arbitrage devant la LCIA et de chercher à recouvrer la dette sur certains actifs gabonais, notamment des participations de l’État dans TotalEnergies EP Gabon, Comilog, Setrag et Gabon Oil Company.
Selon Africa Intelligence, cette première offensive n’avait toutefois pas abouti. La presse gabonaise a rapporté que l’Agence judiciaire de l’État avait remporté en février l’arbitrage engagé devant la LCIA. Malgré cette décision, Bosch Capital a assigné en mars les ministères de la Défense et de l’Économie devant la London Commercial Court. Une première audience doit se tenir dans les prochains mois.
Le Gabon se retrouve donc confronté à un nouveau bras de fer judiciaire et financier autour d’une créance dont le règlement, contesté par Libreville, pourrait désormais avoir des implications plus larges sur sa relation avec les marchés et ses créanciers.