(AfriquePlus) - À quelques mois de l'échéance du 31 décembre, le processus de sélection du prochain secrétaire général des Nations unies s'enlise dans ce qu'un habitué du sérail onusien décrit, selon la journaliste Karen DeYoung dans le Washington Post du 24 août 2026, comme les eaux troubles de la politique du Conseil de sécurité. Sur les huit candidats déclarés, aucun ne semble en mesure de rassembler un consensus suffisant.
Depuis cet été, les membres du Conseil de sécurité procèdent à des votes informels et confidentiels au cours desquels ils « encouragent », « découragent » ou s'abstiennent de se prononcer sur chaque candidature. Lors du premier de ces sondages fin juillet, dont les résultats officieux ont largement circulé, trois noms se sont détachés : la Costaricaine Rebeca Grynspan, ancienne présidente et ex-responsable de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, l'ambassadrice guyanienne Carolyn Rodrigues Birkett, et le diplomate argentin Rafael Mariano Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Un second vote informel organisé vendredi a confirmé ce trio de tête, sans qu'aucun des trois ne parvienne à s'imposer nettement, selon le Washington Post.
Pour Brett D. Schaefer, chercheur à l'American Enterprise Institute cité par le journal, aucun nom sur la liste actuelle ne réunit assez de soutiens pour être élu, ce qui laisse penser que le futur secrétaire général de l'ONU ne figure peut-être pas encore parmi les candidats déclarés.
Des vétos croisés qui bloquent chaque favori
Cette absence de consensus s'explique largement par les rivalités bilatérales qui traversent le Conseil de sécurité, où chacun des cinq membres permanents dispose d'un droit de veto capable de faire capoter n'importe quelle candidature. Rafael Mariano Grossi se heurterait ainsi à des réticences britanniques héritées du contentieux historique sur les Malouines avec l'Argentine, tandis que la Chilienne Michelle Bachelet, autre candidate en lice, pâtirait aux yeux de Washington d'une proximité perçue avec Pékin. La Russie, de son côté, se montrerait peu enthousiaste envers Rafael Mariano Grossi en raison des positions de l'Agence internationale de l'énergie atomique sur l'Iran, allié de Moscou, et sur l'Ukraine.
Le Washington Post relève également que la Russie et la Chine pourraient être tentées d'opposer leur veto à un candidat porté par les États-Unis simplement pour contrarier Washington, et réciproquement. Techniquement, le basculement des votes informels vers des bulletins de couleur, où une carte rouge signifie un veto définitif, ne devrait intervenir qu'après la grande Assemblée générale de septembre réunissant les chefs d'État et de gouvernement, retardant d'autant toute clarification du scrutin.
Washington, qui dispose d'un droit de veto décisif dans ce processus, entretient elle-même le flou sur ses préférences. Un responsable américain de haut rang a assuré au Washington Post que l'administration ne soutenait aucun candidat en particulier, réclamant simplement le meilleur profil possible. Mais plusieurs sources proches du dossier évoquent la possibilité d'une intervention surprise de Donald Trump avant la fin de l'année, le président américain n'ayant jamais démenti vouloir voir le patron de la FIFA, Gianni Infantino, obtenir le poste. Une incertitude supplémentaire qui, selon un familier du dossier cité par le journal, pourrait à tout moment rebattre les cartes d'un processus déjà miné par les calculs de chacun.