Skip to main content
À l’ONU, l’Afrique veut désormais peser sur les règles du jeu mondial
Les pays africains se montrent désormais beaucoup plus offensifs dans les grandes enceintes internationales, notamment au G20, à la COP et dans les discussions sur le financement du développement
 

(AfriquesPlus) - À l’approche de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, l’Afrique entend passer du rôle de continent auquel les agendas internationaux sont imposés à celui d’acteur capable de les influencer. Dans un entretien publié le 28 août 2026 par le Brookings Institution, Landry Signé, chercheur principal à la Brookings Institution et responsable de l’Africa Growth Initiative, échange avec Ahunna Eziakonwa, secrétaire générale adjointe de l’ONU et conseillère spéciale du secrétaire général pour l’Afrique, sur les priorités africaines dans un multilatéralisme de plus en plus fragilisé.

Selon Eziakonwa, les pays africains se montrent désormais beaucoup plus offensifs dans les grandes enceintes internationales, notamment au G20, à la COP et dans les discussions sur le financement du développement. Pour l’Assemblée générale, plusieurs dossiers devraient concentrer leurs efforts : la réforme de la gouvernance mondiale, notamment celle du Conseil de sécurité, la transformation de l’architecture financière internationale, le financement de l’adaptation climatique, ainsi que la paix et la sécurité sur le continent.

La question financière occupe une place centrale. Face à l’endettement, au coût élevé du capital et aux limites des mécanismes actuels, l’Afrique devrait continuer à réclamer une réforme du système financier mondial. Eziakonwa insiste également sur la nécessité de transformer localement les ressources africaines, en particulier les minerais critiques et les ressources énergétiques, plutôt que de continuer à les exporter principalement sous forme brute. L’objectif est de faire de ces ressources un moteur d’industrialisation, de création d’emplois et de transformation économique.

L’entretien met aussi en avant un changement de paradigme dans la conception du développement africain. Pour Eziakonwa, le continent ne doit plus être présenté uniquement à travers ses difficultés, mais également à travers ses capacités et ses opportunités. Elle identifie notamment la jeunesse africaine, l’innovation, les femmes et l’intégration régionale comme des leviers majeurs de développement. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine est ainsi présentée comme un outil déterminant pour renforcer les échanges et l’intégration économique.

Cette évolution intervient alors que l’aide publique au développement connaît un recul. Pour la responsable onusienne, l’avenir du développement africain ne peut pas reposer principalement sur l’aide extérieure. Il doit davantage s’appuyer sur la mobilisation des ressources domestiques, l’investissement, le commerce intra-africain, la circulation des biens et des personnes et le développement du capital humain. L’aide internationale conserverait toutefois un rôle, notamment pour réduire les risques et soutenir certains investissements stratégiques.

Sur les Objectifs de développement durable, dont l’échéance de 2030 approche, Eziakonwa estime qu’il faut s’attaquer davantage aux causes structurelles qui freinent le développement plutôt que de multiplier les réponses aux symptômes. Les conflits, l’insécurité, les déficiences institutionnelles et les inégalités structurelles figurent parmi les obstacles qui doivent être traités pour accélérer les progrès.

L’entretien insiste enfin sur l’articulation entre les priorités africaines et l’action des Nations unies. Eziakonwa rappelle que l’Union africaine doit définir ses propres priorités et que l’ONU doit contribuer à leur réalisation, notamment à travers une meilleure coordination avec l’AUDA-NEPAD. Elle souligne également la complémentarité entre l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les ODD de l’ONU, le premier constituant, selon elle, la vision africaine du développement et le second fournissant un cadre mondial susceptible d’en accompagner la mise en œuvre.

En filigrane, le message de l’entretien est celui d’une Afrique qui cherche à renforcer son autonomie et son poids dans les institutions internationales. Une ambition qui passe autant par une réforme du système mondial que par une capacité accrue du continent à mobiliser ses propres ressources, valoriser son capital humain et défendre collectivement ses intérêts.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
695
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3