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Mali : neuf civils, dont quatre enfants, tués lors d’une opération attribuée à l’Africa Corps russe
Human Rights Watch accuse des paramilitaires russes de l’Africa Corps d’avoir tué neuf civils, dont quatre enfants, lors d’une opération menée le 10 juillet dans le village de Bombori, dans la région de Mopti.
 

Human Rights Watch accuse des paramilitaires russes de l’Africa Corps d’avoir tué neuf civils, dont quatre enfants, lors d’une opération menée le 10 juillet dans le village de Bombori, dans la région de Mopti. L’ONG affirme que les victimes auraient été exécutées après avoir été interrogées sur leurs liens présumés avec des groupes djihadistes. Ces accusations interviennent dans un contexte de rapprochement militaire entre Bamako et Moscou.

 Une opération qui tourne au drame

Selon Human Rights Watch (HRW), plus d’une centaine de combattants russes, accompagnés de soldats maliens, ont effectué une opération à l’aube du  10 juillet dans le village de Bombori, dans le centre du Mali.

L’objectif affiché de cette opération était de rechercher des combattants djihadistes. Le village était, selon HRW, sous le contrôle du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, depuis 2017. Une base de combattants du groupe se trouvait également à proximité.

Mais l’opération aurait rapidement pris une autre tournure. D’après les témoignages recueillis par l’organisation, les combattants ont pénétré dans plusieurs maisons d’un quartier habité par des membres de la communauté peule et ont rassemblé au moins 80 hommes et garçons sous un arbre.

 Des civils interrogés puis exécutés

HRW affirme que les hommes et les garçons rassemblés auraient été battus et interrogés au sujet de leurs éventuels liens avec des groupes armés islamistes.

L’organisation accuse ensuite les combattants d’avoir ouvert le feu sur des civils qui tentaient de s’enfuir.

Selon le récit présenté par HRW, six personnes auraient été tuées lors de cette tentative de fuite, tandis que trois autres auraient été arrêtées puis exécutées. Parmi ces dernières, l’une aurait été décapitée.

Après le départ des combattants, les habitants auraient découvert neuf corps : cinq hommes et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.

 Des accusations fondées sur des témoignages à distance

Pour établir les faits, Human Rights Watch indique avoir interrogé à distance 13 personnes, dont quatre témoins directs de l’opération ainsi que neuf membres de la société civile et responsables communautaires.

Ces témoignages constituent la base des accusations formulées par l'organisation contre les membres de l’Africa Corps.

Le compte-rendu fourni ne fait toutefois pas état d’une réaction des autorités maliennes ou russes à ces accusations. Il convient donc de présenter les faits comme des allégations de Human Rights Watch, et non comme des faits judiciairement établis.

 

 Les Peuls une nouvelle fois au cœur des violences

L’affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la communauté peule au Mali et plus largement au Sahel.

HRW souligne que les Peuls sont régulièrement accusés, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, d’abriter ou de soutenir des combattants djihadistes. Cette suspicion peut exposer certains civils à des représailles et à des opérations de sécurité indiscriminées.

Le récit de l'organisation met ainsi en évidence le risque de voir la lutte contre les groupes armés se transformer en violences visant des populations civiles soupçonnées de proximité avec les djihadistes.

 La guerre contre les groupes armés se poursuit

Le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire. Les autorités combattent notamment des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda ou à l’organisation État islamique, mais également d’autres groupes armés et des réseaux criminels.

Dans ce contexte, les autorités maliennes ont progressivement renforcé leur coopération militaire avec la Russie.

Après les deux coups d’État de 2020 et 2021, la junte malienne s’est éloignée de la France, ancienne puissance militaire partenaire, pour approfondir son rapprochement avec Moscou.

 L’Africa Corps sous surveillance

La présence de combattants russes au Mali constitue l’un des éléments majeurs de cette nouvelle stratégie sécuritaire.

Les accusations formulées par HRW risquent de relancer les interrogations sur les méthodes employées dans les opérations menées contre les groupes djihadistes et sur la protection des populations civiles.

Pour les défenseurs des droits humains, la lutte contre le terrorisme ne peut se faire au prix d’exécutions extrajudiciaires ou de violences contre des personnes qui ne participent pas aux combats.

 Une nouvelle alerte sur le coût humain de la guerre

L’affaire de Bombori illustre ainsi la complexité du conflit malien : face à des groupes djihadistes toujours actifs, les forces engagées dans la lutte antiterroriste sont elles-mêmes accusées de graves abus contre les populations civiles.

Si les accusations de Human Rights Watch étaient établies, la mort de ces neuf civils, dont quatre enfants, constituerait un nouvel épisode particulièrement grave dans un conflit où les populations locales paient déjà un lourd tribut.

À Bombori, l’enjeu dépasse donc la seule responsabilité des combattants mis en cause : il pose une nouvelle fois la question de la protection des civils et du respect du droit humanitaire dans la guerre menée contre les groupes djihadistes au Mali.

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