(AfriquesPlus) - L’avancée des combattants liés à l’État islamique dans le nord du Mozambique rencontre désormais une résistance militaire plus importante. Dans une analyse publiée le 25 août 2026, l’expert régional d’ACLED pour l’Afrique du Sud-Est, Peter Bofin, revient sur le nouvel avertissement lancé par les États-Unis concernant les déplacements dans plusieurs zones du nord du pays.
Le 21 août, Washington a déconseillé tout voyage dans la province de Cabo Delgado, ainsi que dans plusieurs secteurs voisins de Nampula et dans la réserve spéciale de Niassa. Cette alerte intervient alors que les combattants de l’État islamique au Mozambique (ISM) ont de nouveau pénétré dans cette vaste zone protégée, pour la deuxième fois seulement depuis avril 2024.
Mais, contrairement à leur précédente incursion, les jihadistes font cette fois face à une riposte plus organisée. Selon Peter Bofin, les forces mozambicaines ont poursuivi les combattants jusque dans la réserve et les ont affrontés à plusieurs reprises au cours du mois d’août. Au moins 20 membres de l’ISM auraient été tués, dont 16 lors de combats autour des mines d’or de Shamba Kubwa, à proximité de la province de Niassa.
Cette évolution tranche avec la situation observée lors de la précédente offensive. En 2024-2025, les insurgés avaient pu circuler relativement librement dans la réserve, entraînant notamment la destruction d’un établissement touristique et le déplacement de plus de 2 000 habitants. Les violences avaient également porté un coup important au tourisme de chasse, une activité économique importante dans cette région.
Pour Bofin, l’un des changements majeurs réside dans la coopération entre les forces de sécurité et les acteurs de la conservation et du tourisme. Les rangers disposent d’une connaissance fine du territoire, tandis que certains moyens aériens permettent de repérer les mouvements des groupes armés. Ces capacités fournissent aux militaires des renseignements dont ils disposaient moins lors des précédentes incursions.
L’expert d’ACLED estime toutefois que cette amélioration ne signifie pas que la menace est écartée. Les groupes affiliés à l’État islamique devraient continuer à chercher des points d’entrée dans la réserve, notamment en raison de l’importance croissante des sites aurifères dans leur financement. L’exploitation des mines leur permettrait de tirer des revenus de l’extorsion, des rançons et de l’accès direct à l’or.
Pour les autorités mozambicaines, empêcher durablement les insurgés de s’implanter dans la région de Niassa pourrait avoir un double avantage : limiter leur accès aux ressources minières et perturber leurs réseaux de soutien en provenance de Tanzanie. Cela permettrait également de concentrer davantage les opérations militaires sur leur principal foyer d’insurrection, Cabo Delgado.
L’analyse de Peter Bofin souligne ainsi un paradoxe : l’avertissement américain témoigne de la persistance de la menace, mais les combats récents montrent aussi que la réponse mozambicaine s’est renforcée.