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« The Polygamist », la série sud-africaine qui décortique les violences patriarcales
Adaptée d’un roman de la Zimbabwéenne Sue Nyathi, la série interroge les unions multiples, officielles ou cachées, et leurs conséquences sur les femmes
 

(AfriquePlus) - Dans un reportage publié par Le Monde, la journaliste Sélène Agapé révèle comment une série sud-africaine devenue phénomène mondial expose les arcanes de la polygamie contemporaine. « The Polygamist », sortie le 12 juin sur Netflix, a dominé pendant six semaines le classement des dix séries non anglophones les plus regardées sur la plateforme, cumulant plus de 27,6 millions de vues début août.

Adaptée du roman de l'autrice zimbabwéenne Sue Nyathi publié discrètement en 2012, cette « supernovela » de 22 épisodes mêle zoulou et anglais. Elle a atteint la première place du classement dans 21 pays et le top 10 dans 62 autres. Le format hybride, entre telenovela classique et série dramatique moderne, constitue un pari audacieux pour Netflix en territoire africain.

Au cœur du récit : la chute progressive d'une famille sud-africaine aisée, les Gomora. Joyce, une influenceuse populaire interprétée par Gugu Gumede, mère de trois enfants depuis vingt ans, voit son mariage s'effondrer en découvrant les liaisons, secrets et violences de son époux Jonasi, un magnat de l'immobilier narcissique incarné par S'dumo Mtshali. La série s'ouvre d'ailleurs sur les funérailles de ce dernier, « en présence de ses quatre conjointes », précise le Monde.

« La série s'intéresse aux dégâts causés par les différentes formes de violences patriarcales – physiques, psychologiques et économiques – sur les relations familiales », selon la publication. Elle aborde aussi le sujet tabou des maladies sexuellement transmissibles entre l'époux et ses femmes.

Sue Nyathi a puisé son intrigue dans son propre contexte familial. Son grand-père maternel avait cinq épouses, son arrière-grand-père onze. Élevée dans un environnement catholique opposé à ces pratiques, elle a observé une réalité parallèle : « Beaucoup d'hommes qui se disent monogames ont plusieurs femmes. Ils pratiquaient toujours la polygamie, de manière officieuse », déclare-t-elle au Monde. « Je voulais dépeindre la réalité de cette situation, parler de cette forme pervertie de la polygamie », explique l'écrivaine de 48 ans.

Parmi les producteurs figurent Gugu Zuma-Ncube et Thuli Zuma, filles de Jacob Zuma, ancien président sud-africain connu pour sa pratique assumée de la polygamie. Dans une interview à la BBC, Gugu Zuma-Ncube reconnaît que « beaucoup de scènes que vous voyez dans la série sont directement tirées de [leurs] vies. Je viens, comme tout le monde le sait, d'une famille très polygame ».

La représentation a trouvé un écho particulier au-delà des frontières. Gabrielle Kane, militante féministe sénégalaise et productrice de la série « Debbo », salue son audace : « La série révèle un peu la nature et la violence de ce que l'on impose aux femmes juste pour assouvir les pulsions masculines ». Au Sénégal, elle relève une pratique parallèle : « On appelle ça le "takku suuf" [un mariage coutumier et discret, souvent non officiel]. Il arrive que des femmes découvrent que leur mari avait une deuxième voire une troisième femme à son décès ».

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