(AfriquesPlus) — À l’ouverture de la campagne électorale pour les élections prévues en janvier prochain, la candidature du président Bola Tinubu pour un second mandat place son parti, le All Progressives Congress (APC), au cœur d'un débat déterminant. La question centrale posée aux électeurs est de savoir si la situation de la population s'est améliorée après plus d'une décennie de gouvernance de cette formation politique.
Selon un article publié le mercredi 19 août 2026 par Reuters et signée par les journalistes Elisha Bala-Gbogbo et Camillus Eboh à Abuja, la réponse des citoyens à cette interrogation façonnera l'issue du scrutin. Le président sortant y affrontera les deux figures majeures de l'opposition, l'ancien vice-président Atiku Abubakar et Peter Obi, qui ont axé leur discours sur l'exaspération face aux difficultés économiques et à la dégradation de la sécurité.
Les challengers du pouvoir affirment que les près de douze années de l'APC à la tête de l'État, débutées en 2015 sous la présidence de Muhammadu Buhari, ont laissé le pays le plus peuplé d'Afrique plus pauvre, plus endetté et plus vulnérable. Pour Bola Tinubu, surnommé « T-Pain » par une partie de la population confrontée à la hausse du coût de la vie, le scrutin servira à mesurer la volonté des citoyens d'endurer des sacrifices immédiats dans la perspective de gains futurs.
Les données recueillies par l'institut d'analyse SBM Intelligence révèlent un fort scepticisme au sein de l'opinion publique. Selon l'analyste Cheta Nwanze, environ 80 % des Nigérians estiment que le pays suit une mauvaise direction, 45 % d'entre eux identifiant la crise économique et l'insécurité comme leurs principales préoccupations.
Dès son arrivée au pouvoir, le président a engagé des réformes d'envergure, notamment la suppression des subventions sur le carburant et deux dévaluations successives du naira. Si ces décisions ont répondu à des attentes anciennes des investisseurs et des bailleurs de fonds internationaux, elles ont entraîné une hausse brutale des prix, provoqué des manifestations et généré une importante crise du pouvoir d'achat pour de nombreux foyers.
Bola Tinubu défend ces mesures en affirmant qu'elles étaient indispensables pour redresser l'économie nationale. Son administration met en avant la progression des recettes publiques et un intérêt accru des investisseurs comme indicateurs de l'efficacité de sa politique, le chef de l'État ayant déclaré que ces arbitrages avaient permis de restaurer la stabilité et la crédibilité de la gestion économique.
Sur le terrain, les retombées macroéconomiques contrastent avec le quotidien des ménages, comme en témoignent les commerçants des marchés de la capitale dont le chiffre d'affaires s'est effondré sous l'effet de l'inflation. Cette détérioration du niveau de vie s'inscrit dans une tendance plus longue, les données de la Banque mondiale indiquant une baisse du produit intérieur brut par habitant de 2 586 dollars en 2015 à 1 224 dollars aujourd'hui.
La situation financière de l'État s'est également alourdie, avec une dette publique multipliée par plus de douze depuis 2015 pour atteindre 159 350 milliards de nairas, soit environ 117,34 milliards de dollars en mars 2026. Pour cette même année, les coûts liés au service de la dette sont estimés à 11,6 milliards de dollars, représentant près de la moitié des recettes projetées.
Sur le plan de la sécurité, bien que le gouvernement affirme que les opérations militaires ont permis de sécuriser certaines zones agricoles et routières, les violences demeurent courantes sur le territoire. Selon Amnesty International, plus de 10 000 personnes ont été tuées par des groupes armés et une quinzaine d'enlèvements massifs en milieu scolaire ont été enregistrés depuis la prise de fonction du président.
Malgré un bilan contesté sur les volets économique et sécuritaire, la division persistante de l'opposition politique pourrait constituer un facteur déterminant pour le candidat du parti au pouvoir lors du scrutin de janvier, les précédentes élections ayant montré que la dispersion des voix opposées tend généralement à profiter au président sortant.