(AfriquesPlus) - La montée en puissance militaire observée dans une base éthiopienne proche de la frontière soudanaise fait craindre une nouvelle offensive des Forces de soutien rapide (RSF) contre Ed Damazin, capitale de l’État du Nil Bleu. Des images satellites analysées par le Humanitarian Research Lab (HRL) de la Yale School of Public Health font état d’un important renforcement en véhicules et en équipements militaires.
Dans un article publié le 29 août 2026, Sudan Tribune, citant une analyse du Yale Humanitarian Research Lab, rapporte que l’activité s’est fortement intensifiée sur la base des Forces de défense nationales éthiopiennes (ENDF) à Asosa entre le 23 et le 28 août. En cinq jours, environ 100 véhicules légers de type « technical » y auraient été nouvellement déployés, soit six fois plus qu’au 23 août.
Les images font également apparaître 15 véhicules assimilables à des blindés de transport de troupes, 14 remorques porte-véhicules et au moins huit camions de transport de marchandises. Plusieurs véhicules légers seraient équipés de supports d’armes, dont au moins cinq de systèmes d’armement lourd.
Selon l’évaluation du Yale HRL, ce dispositif pourrait permettre de transporter entre 750 et 1 000 combattants, à raison d’environ six personnes par véhicule. Cette concentration militaire intervient alors que les combats se sont intensifiés dans le Nil Bleu, où les RSF ont lancé une contre-offensive à Kurmuk le 10 août.
Le renforcement logistique observé à Asosa ne serait par ailleurs pas récent. Les chercheurs indiquent qu’au moins 60 conteneurs sont arrivés sur le site entre la fin juin et la fin août, auxquels se seraient ajoutés 15 autres conteneurs. Un hangar destiné au stockage des véhicules, mesurant environ 70 mètres sur 17, aurait également été achevé.
Cette évolution intervient dans un contexte marqué par des accusations des Forces armées soudanaises (SAF), qui affirment que les RSF auraient bénéficié de ravitaillements transitant par l’aéroport d’Asosa pour soutenir leurs opérations dans le Nil Bleu. Ces allégations ne sont toutefois pas établies de manière indépendante dans l’article.
Sur le terrain, les RSF ont affirmé le 28 août avoir pris le contrôle de deux positions de l’armée soudanaise dans le Nil Bleu, notamment le quartier général de la 13e brigade d’infanterie à Bakori et une autre base à Surkum. Le Yale HRL précise ne pas avoir pu vérifier indépendamment ces déclarations à partir des images disponibles.
Pour les chercheurs, l’accumulation de moyens militaires à proximité de la frontière augmente fortement le risque d’une offensive contre Ed Damazin. Une telle opération pourrait provoquer de lourdes conséquences pour les populations civiles et accentuer les déplacements de personnes vers l’Éthiopie.
L’analyse du Yale HRL estime enfin que la poussée des RSF dans le Nil Bleu pourrait répondre à une logique stratégique plus large : contraindre l’armée soudanaise à disperser ses forces, notamment celles engagées dans le Kordofan du Nord, afin d’ouvrir la possibilité d’une pression simultanée sur plusieurs fronts, dont celui d’El Obeid.