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Thomas Sankara, une pensée économique fondée sur la souveraineté et l’émancipation
Production locale, discipline budgétaire, industrialisation, santé, éducation, émancipation des femmes, souveraineté alimentaire et coopération africaine étaient envisagées comme les différentes dimensions d’un même projet
 

(AfriquesPlus) - Dans son huitième bulletin panafricain consacré à l’économie de Thomas Sankara, publié ce 25 août 2026, Ferdinand Ouedraogo, professeur d’économie à l’Université Thomas Sankara de Ouagadougou, revient pour le Tricontinental Institute for Social Research, sur les fondements économiques de l’expérience révolutionnaire burkinabè menée entre 1983 et 1987.

L’auteur défend l’idée que la pensée économique de Sankara ne peut être réduite aux indicateurs classiques de croissance, de déficit ou d’inflation. Elle constituait avant tout un projet politique visant à reconquérir la souveraineté d’un pays marqué par la pauvreté, la dépendance extérieure et les héritages du système colonial. « L’économie était d’abord un projet politique, moral et anticolonial », résume ainsi Ferdinand Ouedraogo.

À son arrivée au pouvoir, le Burkina Faso figurait parmi les pays les plus pauvres du monde. Face à cette situation, Sankara refusait de considérer l’aide extérieure comme le principal moteur du développement. Il privilégiait au contraire la mobilisation des ressources nationales, la production locale et la réduction de la dépendance. Sa formule, devenue emblématique, résumait cette orientation : « Produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons. »

Cette stratégie accordait une place centrale à l’agriculture et à la souveraineté alimentaire. Entre 1983 et 1987, la production céréalière burkinabè aurait progressé d’environ 1,1 à 1,6 million de tonnes, permettant au pays d’améliorer considérablement sa couverture alimentaire. Pour l’économiste, l’objectif dépassait la simple augmentation de la production. Il s’agissait de faire de l’alimentation un instrument d’indépendance nationale.

Le modèle défendu par Sankara reposait également sur une conception particulière de l’État. Les dirigeants devaient eux-mêmes accepter les sacrifices demandés à la population. Réduction des privilèges, limitation des dépenses de prestige et lutte contre le gaspillage étaient ainsi présentées comme des instruments de transformation économique. Le président burkinabè avait notamment renoncé à son salaire présidentiel pour conserver sa rémunération d’officier.

L’éducation et la santé occupaient également une place stratégique. L’auteur rappelle notamment la campagne nationale de vaccination menée en 1984, qui aurait fait passer la couverture vaccinale des enfants d’environ 17 % à 77 % en seulement quinze jours. Pour Sankara, investir dans la population revenait à renforcer directement les capacités productives du pays.

La question de l’émancipation des femmes constituait un autre volet majeur de cette politique. Sankara considérait leur pleine participation à la vie économique et sociale comme une condition du développement. Réformes du droit familial, lutte contre certaines pratiques discriminatoires et reconnaissance du travail domestique participaient de cette volonté.

Le texte revient enfin longuement sur la dette africaine. Quelques mois avant son assassinat, Sankara avait dénoncé à Addis-Abeba un système qu’il considérait comme un instrument de domination. Il estimait que l’endettement devait être analysé comme une relation de pouvoir et appelait les États africains à unir leurs forces. « La dette est une reconquête de l’Afrique savamment organisée », déclarait-il en 1987.

Pour Ferdinand Ouedraogo, l’intérêt contemporain de cette pensée réside précisément dans son approche globale. Production locale, discipline budgétaire, industrialisation, santé, éducation, émancipation des femmes, souveraineté alimentaire et coopération africaine étaient envisagées comme les différentes dimensions d’un même projet. L’objectif n’était donc pas seulement d’accroître la richesse nationale, mais de donner à la population les moyens de maîtriser son propre développement.

L’auteur estime ainsi que l’expérience sankariste mérite d’être relue à la lumière des débats actuels sur la dette, l’austérité, l’extractivisme et la dépendance économique. Sa principale leçon serait moins de reproduire mécaniquement les politiques de 1983 que de retrouver leur principe directeur : faire du développement un instrument de souveraineté et d’émancipation plutôt qu’une simple accumulation de richesses ou une dépendance accrue aux financements extérieurs.

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