Skip to main content
Tinubu, le FBI veut maintenir secrets certains dossiers judiciaires américains
À l’approche de la présidentielle de 2027, une bataille judiciaire aux États-Unis relance les interrogations autour d’anciens dossiers concernant le président nigérian, alors que les autorités américaines cherchent à préserver une partie des informations.
 

(AfriquesPlus) - Le FBI a demandé à un tribunal fédéral de Washington de l’autoriser à expliquer à huis clos pourquoi certaines informations concernant le président nigérian Bola Tinubu ne peuvent être rendues publiques. Cette nouvelle étape intervient alors que la bataille judiciaire autour d’anciens dossiers d’enquête américains se poursuit, à l’approche de la présidentielle nigériane de 2027.

Selon l’agence américaine, certains éléments ne peuvent être détaillés publiquement sans risquer de révéler des techniques d’enquête ou de compromettre la sécurité de personnes.

L’information a été rapportée vendredi 21 août 2026 par le quotidien nigérian BusinessDay, dans un article signé Ojochenemi Onje. Le journal précise que la demande du FBI a été déposée auprès du tribunal fédéral de Washington dans le cadre d’une procédure fondée sur le Freedom of Information Act (FOIA), la loi américaine sur l’accès aux documents administratifs.

Concrètement, le FBI souhaite déposer auprès de la juge Beryl Howell une déclaration « ex parte » et sous scellés. Le document serait donc consulté uniquement par la juge et ne serait pas accessible au public. L’agence entend y exposer les raisons précises pour lesquelles elle considère que certaines informations doivent rester confidentielles.

Le FBI invoque notamment les exemptions 7(E) et 7(F) du FOIA. La première protège les informations susceptibles de révéler des méthodes ou procédures utilisées dans les enquêtes des forces de l’ordre. La seconde concerne les informations dont la divulgation pourrait raisonnablement mettre en danger la vie ou l’intégrité physique d’une personne.

L’agence américaine indique qu’elle compte transmettre cette déclaration confidentielle avant le 28 août, si le tribunal accède à sa demande.

Cette procédure s’inscrit dans un contentieux engagé par Aaron Greenspan, homme d’affaires américain et fondateur de PlainSite, une plateforme spécialisée dans la transparence judiciaire. Depuis 2022, Greenspan cherche à obtenir auprès de plusieurs agences fédérales américaines des documents liés à des investigations remontant au début des années 1990.

Parmi les personnes citées dans ses demandes figure Bola Tinubu. Une première requête adressée au FBI demandait notamment « l’intégralité du dossier du FBI » concernant Tinubu, alors présenté comme président élu du Nigeria en février 2023. Une autre demande portait sur des comptes rendus d’entretiens réalisés par des agents du FBI en 1992 et 1993.

Les demandes de Greenspan concernent une ancienne enquête liée à un réseau de trafic d’héroïne à Chicago. Elles portent également sur Lee Andrew Edwards, Mueez Adegboyega Akande et Abiodun Agbele.

Au total, Greenspan avait adressé douze demandes à six agences fédérales américaines, dont le FBI, la Drug Enforcement Administration (DEA), l’Internal Revenue Service (IRS), le département d’État et l’Executive Office for United States Attorneys. La CIA a par la suite été intégrée à la procédure judiciaire.

Dans un premier temps, plusieurs agences avaient eu recours à ce que le droit américain appelle une « réponse Glomar ». Ce mécanisme permet à une administration de refuser de confirmer ou d’infirmer l’existence de documents lorsqu’une telle confirmation pourrait elle-même révéler des informations protégées.

Greenspan avait contesté ces réponses devant le tribunal fédéral de Washington en juin 2023. En avril 2025, la juge Beryl Howell avait estimé que le FBI et la DEA ne pouvaient plus utiliser ce mécanisme pour refuser de confirmer ou d’infirmer l’existence de documents concernant Tinubu. Elle avait notamment considéré que les agences n’avaient pas suffisamment démontré que les intérêts liés à la vie privée justifiaient le maintien de cette confidentialité.

Cette décision ne signifiait toutefois pas que l'ensemble des documents devait automatiquement être rendu public. Les agences américaines pouvaient toujours invoquer certaines exemptions prévues par le FOIA pour retenir des informations précises, à condition de démontrer que les critères légaux étaient remplis.

C’est précisément sur cette question que porte la nouvelle demande du FBI. L’agence affirme que les explications déjà fournies publiquement ne permettent pas de justifier complètement le recours aux exemptions 7(E) et 7(F) pour certains documents.

Le contentieux intervient également dans un contexte politique particulier au Nigeria, où la préparation de l’élection présidentielle de 2027 commence à prendre de l’ampleur. Les dossiers américains concernant Tinubu font régulièrement l’objet de débats entre le pouvoir et l’opposition.

Il convient toutefois de distinguer l’existence d’une procédure d’accès à des documents administratifs de l’établissement d’une quelconque responsabilité pénale. La demande actuelle du FBI ne révèle pas le contenu des documents retenus et ne constitue pas, en elle-même, une nouvelle accusation contre le président nigérian.

De même, le fait que des documents aient été recherchés dans le cadre d’une ancienne enquête ou que certaines informations soient maintenues confidentielles ne permet pas de conclure à une infraction commise par Tinubu. La bataille judiciaire porte actuellement sur les conditions dans lesquelles les documents détenus par les autorités américaines peuvent être communiqués au public.

La juge Beryl Howell doit désormais décider si le FBI peut présenter sous scellés les éléments supplémentaires qu’il estime trop sensibles pour être exposés publiquement. Si la demande est acceptée, l’agence américaine devrait transmettre sa déclaration confidentielle avant le 28 août.

La décision de la juge pourrait ainsi constituer une nouvelle étape dans un dossier qui, depuis plusieurs années, mêle transparence administrative, accès aux archives américaines et enjeux politiques au Nigeria.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
519
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3