(AfriquesPlus) - Le ministre éthiopien des Affaires étrangères Gedion Timothewos analyse les bouleversements de l’ordre mondial et appelle les pays africains à repenser leurs stratégies économiques et diplomatiques face à la montée des rivalités entre grandes puissances. Il s'est exprimé, à ce propos, le 03 août 2026 sur CNBC Africa.
Selon le responsable éthiopien, la mondialisation fondée sur l’ouverture des marchés et l’interdépendance économique cède progressivement la place à une ère dominée par la compétition géopolitique. Les États privilégient désormais la sécurité nationale, le contrôle des chaînes d’approvisionnement et l’accès aux ressources stratégiques, au détriment d’une logique purement économique.
« La géopolitique remplace la mondialisation comme philosophie dominante du monde », écrit Gedion Timothewos, soulignant que les décisions économiques sont désormais largement influencées par les rapports de force internationaux.
Cette nouvelle configuration représente un défi majeur pour l’Afrique subsaharienne. Le ministre éthiopien souligne notamment la baisse de l’aide publique au développement, les difficultés croissantes à attirer les investissements étrangers et les conséquences des tensions internationales sur les perspectives économiques du continent.
Il estime également que la compétition mondiale autour des minerais stratégiques africains, indispensables aux nouvelles industries technologiques et énergétiques, peut devenir une source de fragilité si les pays africains ne maîtrisent pas leurs choix. La rivalité entre puissances étrangères pour accéder aux ressources et aux infrastructures africaines risque, selon lui, d’alimenter davantage les tensions locales.
« La compétition pour le contrôle des ressources minérales critiques et des grandes routes commerciales pousse les puissances mondiales et régionales à s’engager en Afrique d’une manière qui peut fragiliser la souveraineté des États », analyse-t-il.
Face à ces transformations, Gedion Timothewos appelle les pays africains à renforcer leur coopération continentale et à utiliser leurs atouts démographiques, économiques et naturels comme instruments de négociation. Il insiste notamment sur l’importance de développer le commerce intra-africain grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), d’investir dans les infrastructures, l’énergie et les technologies numériques.
Pour lui, la fragmentation actuelle du monde offre aussi une opportunité : celle pour l’Afrique de diversifier ses partenariats et de ne plus dépendre d’un seul modèle de développement ou d’un seul partenaire extérieur.
L’auteur cite l’expérience éthiopienne comme exemple d’adaptation aux nouvelles réalités économiques mondiales. Malgré les crises internes et internationales, Addis-Abeba a poursuivi des réformes visant à diversifier son économie, développer les énergies renouvelables et miser sur les nouvelles technologies.
« Nos destins en tant que nations africaines sont liés ; nous souffrons ou prospérons ensemble. La division garantit l’échec, l’unité ouvre la voie au succès », conclut le ministre.
Pour Gedion Timothewos, l’Afrique doit donc dépasser les rivalités nationales et construire une stratégie collective afin de peser davantage dans un ordre mondial devenu plus incertain, où les ressources, la technologie et les alliances sont désormais au cœur de la puissance.