(AfriquesPlus) - Sécurité, énergie, santé et souveraineté économique dominent l’actualité africaine ce jeudi. Du Nigeria à la RDC, en passant par l’Afrique du Sud et le Sahel, plusieurs pays sont confrontés à de fortes pressions internes et internationales. La catastrophe minière au Soudan, la progression préoccupante d’Ebola dans l’est de la RDC, les tensions sécuritaires dans l’AES et la recomposition des marchés énergétiques figurent parmi les principaux dossiers du jour.
Afrique du Sud : inquiétude autour des féminicides
En Afrique du Sud, la découverte de huit corps de femmes près de Johannesburg, dans la région d’Ekurhuleni et à proximité de l’aéroport international OR Tambo, provoque une nouvelle vague d’indignation. Les victimes présentaient pour certaines des traces de violences. L’affaire ravive les inquiétudes face à la persistance des féminicides et des violences fondées sur le genre dans le pays.
Le gouvernement est sous pression pour apporter une réponse plus efficace, alors que les organisations de défense des droits des femmes réclament des mesures structurelles et non seulement des interventions après les drames.
Sur le plan économique, un signe plus encourageant : la confiance des consommateurs sud-africains s’est améliorée au troisième trimestre, l’indice passant de -19 à -13. Cette progression reste toutefois fragile, les ménages demeurant préoccupés par les prix des carburants, l’inflation et les taux d’intérêt.
Nigeria : le pari historique de Dangote
Au Nigeria, l’actualité économique reste dominée par l’introduction en Bourse de la raffinerie de Dangote Industries.
L’opération, lancée lundi 14 septembre, représente la plus importante offre publique jamais réalisée sur le marché africain. Le groupe met en vente 3,3 % du capital de la raffinerie, dans le cadre d’une opération évaluée à environ 1,6 milliard de dollars.
Les premières indications montrent un fort intérêt des investisseurs. Les grandes banques nigérianes ont mobilisé leurs réseaux numériques et physiques pour faciliter les souscriptions, alors que l’opération vise aussi à attirer les petits épargnants.
Cette entrée en Bourse intervient à un moment particulièrement favorable pour le groupe. La raffinerie de Lagos profite de la perturbation des approvisionnements mondiaux en produits raffinés et est devenue un fournisseur important du marché européen.
Le projet dépasse donc la seule réussite financière de Dangote : il est présenté comme un symbole de la montée en puissance industrielle du Nigeria et de ses ambitions de souveraineté énergétique.
Éthiopie : Ethiopian Airlines poursuit son expansion
En Éthiopie, Ethiopian Airlines poursuit ses ambitions d’expansion internationale.
La compagnie nationale est proche d’un accord avec Boeing pour l’acquisition pouvant aller jusqu’à dix avions-cargos long-courriers, selon des sources citées par Reuters. Le projet s’inscrit dans la stratégie visant à renforcer le rôle d’Addis-Abeba comme plateforme aérienne et logistique majeure du continent.
Cette dynamique intervient alors que l’Éthiopie cherche à consolider sa position dans le commerce régional et à accroître ses connexions avec les marchés africains et internationaux.
Sur le front sportif, l’athlétisme éthiopien connaît en revanche un épisode délicat : la marathonienne Ruti Aga a été provisoirement suspendue après la détection de méthylprednisolone, une substance interdite. Elle fait également face à une accusation de manipulation de procédure.
Égypte : l’économie s’adapte aux turbulences régionales
En Égypte, les conséquences de la crise au Moyen-Orient restent au centre des préoccupations économiques et stratégiques.
Le Caire suit notamment avec attention la situation en mer Rouge, dont la sécurité est devenue un enjeu majeur pour le trafic maritime et pour les recettes du canal de Suez. Le président Abdel Fattah al-Sissi et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane ont récemment insisté sur la nécessité de préserver la sécurité de la navigation dans cette zone stratégique.
Mais tous les indicateurs ne sont pas négatifs. Plus de 5 000 entreprises étrangères ont été créées en Égypte au premier semestre 2026, soit une progression de 33,7 % sur un an. Cette évolution traduit l’intérêt croissant des investisseurs étrangers pour le marché égyptien.
Le défi pour Le Caire sera de transformer cette dynamique en investissements productifs, en emplois et en recettes durables.
RDC : Ebola recule dans certaines zones, mais progresse dans le Nord-Kivu
La situation sanitaire en République démocratique du Congo reste particulièrement préoccupante.
L’Organisation mondiale de la santé estime que des signes encourageants apparaissent dans la province de l’Ituri, où la transmission du virus semble ralentir. Mais cette amélioration est contrebalancée par une forte progression dans le Nord-Kivu : le nombre de nouvelles infections hebdomadaires y aurait doublé en deux semaines, dépassant désormais les 200 cas.
Le bilan national dépasse désormais 7 200 cas et 3 500 décès dans sept provinces, selon les dernières données citées par l’OMS.
La particularité de cette épidémie réside également dans la circulation du virus Bundibugyo, une souche rare. Les autorités sanitaires doivent donc composer avec une situation très dispersée et avec les difficultés d'accès à certaines zones affectées.
La baisse observée dans certaines régions ne doit donc pas masquer la progression de l’épidémie dans l’est du pays.
AES : la crise énergétique devient une question stratégique
Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, la dépendance énergétique constitue désormais un nouveau défi pour l’Alliance des États du Sahel.
Le Ghana a réduit depuis août ses exportations de diesel et d’essence vers le Burkina Faso et le Mali afin de privilégier son marché intérieur. La décision intervient dans un contexte mondial marqué par les perturbations des approvisionnements en pétrole et en gaz.
Les conséquences pourraient être importantes pour les trois pays sahéliens, qui dépendent fortement des importations de carburants provenant notamment des États côtiers.
Cette situation illustre une vulnérabilité majeure de l’AES : la volonté de renforcer la souveraineté politique et militaire doit désormais s’accompagner d’une stratégie solide en matière d’énergie, de transport et d’approvisionnement.
Sur le plan sécuritaire, la situation demeure également alarmante. Les données d’ACLED citées par The Guardian font état de 2 145 événements liés à des groupes jihadistes dans les trois pays depuis le début de l’année 2026, avec la possibilité de dépasser 3 000 incidents d’ici décembre.
Soudan : au moins 82 morts dans l’effondrement d’une mine d’or
Le Soudan est frappé par une nouvelle catastrophe. Au moins 82 personnes ont été tuées dans l’effondrement d’une mine d’or dans l’État du Kordofan occidental, selon des informations rapportées par l’AFP et l’Associated Press.
Des dizaines de personnes sont encore portées disparues. Les opérations de secours sont rendues particulièrement difficiles par le manque d’équipements appropriés.
Cette tragédie illustre les risques liés à l’exploitation minière informelle dans un pays où l’or constitue également une source importante de financement pour les parties engagées dans la guerre.
Parallèlement, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à demander des comptes aux États étrangers qui fournissent des armes aux protagonistes du conflit soudanais. La guerre, commencée en avril 2023, a déjà déplacé plus de 14 millions de personnes et provoqué l’une des crises humanitaires les plus graves au monde.
Maroc : la jeunesse au cœur de la bataille électorale
Au Maroc, les partis politiques tentent de mobiliser les jeunes électeurs à l’approche des élections législatives prévues la semaine prochaine.
Selon Reuters, plusieurs formations cherchent à répondre au désenchantement de la jeunesse, notamment à travers des promesses concernant l’emploi et les perspectives économiques.
L’enjeu dépasse la compétition entre partis : il s’agit aussi de restaurer la confiance d’une génération particulièrement sensible au chômage, au coût de la vie et aux inégalités sociales.
Sénégal : les discussions avec le FMI avancent
Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, ont affiché leur optimisme sur l’évolution des discussions concernant un nouveau programme de soutien financier.
Les échanges, qui se sont déroulés à Washington, portent notamment sur le redressement économique, la soutenabilité de la dette et les réformes destinées à restaurer la confiance des investisseurs.
Dakar cherche également à avancer sur le traitement de sa dette afin de rétablir progressivement l’équilibre de ses finances publiques.
Dans le secteur énergétique, le Sénégal et Eni ont signé un protocole d’accord portant sur l’évaluation de cinq blocs offshore pétroliers et gaziers. L’entreprise italienne financera les études techniques et géologiques destinées à déterminer le potentiel des zones concernées.
L’énergie reste le fil rouge de l’actualité africaine
Les marchés pétroliers offrent une nouvelle illustration des effets des tensions géopolitiques sur l’Afrique. Les cours du pétrole ont reculé jeudi, le Brent perdant environ 1,8 % pour revenir autour de 103,95 dollars le baril, après l’annonce par l’Arabie saoudite de mesures destinées à maintenir ses exportations vers l’Asie malgré les perturbations régionales.
Pour les producteurs africains, notamment le Nigeria, les prix élevés peuvent représenter une opportunité. Pour les pays importateurs, en revanche, ils constituent une menace pour les finances publiques, les transports et le pouvoir d’achat.
Le continent se trouve ainsi au cœur d’un nouveau paradoxe énergétique : certains pays peuvent profiter de la hausse des hydrocarbures, tandis que d’autres en subissent directement le coût.