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À Perpignan, l'école publique n'accueille presque plus que les plus pauvres
Aucune ville française de plus de 100 000 habitants ne connaît une telle fracture : dans la préfecture des Pyrénées-Orientales, la mixité scolaire a presque disparu. Les pistes pour la restaurer se heurtent aux choix des familles
 

(AfriquesPlus) - Dans la préfecture des Pyrénées-Orientales, les écoles et collèges se répartissent presque uniquement entre les plus aisés et les plus défavorisés de France. Enseignants, élus et parents se demandent s'il est encore possible d'inverser le mouvement.

Sur cent mètres de trottoir, deux mondes. Dans un reportage publié par Le Monde le 7 septembre 2026, la journaliste Eléa Pommiers décrit une rue de Perpignan où l'école privée Sainte-Thérèse, qui compte parmi les 10 % les plus favorisées du pays selon les indices de position sociale de l'Éducation nationale, fait face à l'école publique Jordi-Barre, à l'exact opposé de l'échelle. Cette rue résume, écrit-elle, une ville où la mixité scolaire a presque disparu.

Dirigée par le Rassemblement national depuis 2020, la cité catalane n'a pas d'équivalent parmi les villes de plus de 100 000 habitants. Les établissements publics y accueillent les enfants des familles précaires, alors que, dès le collège, les familles aisées se tournent exclusivement vers le privé, qui scolarise plus de 38 % des collégiens, presque le double de la moyenne nationale. Le géographe David Giband parle d'une « dualité de l'espace scolaire » unique. Dans une ville où la moitié des enfants vivent sous le seuil de pauvreté, le public est devenu un « repoussoir », selon lui.

Un collège échappe à la règle : Jean-Moulin, en plein centre historique. Naguère menacé de fermeture, il scolarise des élèves de quartiers très pauvres et, grâce à des filières attractives (musique, rugby, catalan, chinois), 300 enfants de milieux favorisés. Son principal, Jean-Sébastien Teixidor, reconnaît toutefois un dilemme : attirer ces familles vide d'autres collèges publics.

La carte scolaire montre les limites de la sectorisation. Depuis 2019, les élèves de CM2 de Pollestres sont rattachés au collège Madame-de-Sévigné, l'un des plus défavorisés de Perpignan. Sept ans plus tard, les trois quarts d'entre eux n'y vont pas : un quart obtient une dérogation, la moitié choisit le privé.

Le syndicat SNES-FSU réclame un plan d'urgence et une refonte de la carte scolaire. La directrice académique, Anne-Laure Arino, envisage des « réseaux mixité-excellence ». La mairie, dirigée par Louis Aliot, estime que ses écoles reflètent leurs quartiers. Reste à savoir si des parents accepteront d'être les premiers à franchir le pas.

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