(AfriquesPlus) - Des centaines de personnes ont manifesté samedi à Tunis pour réclamer la libération de quatre militants tunisiens liés à la Global Sumud Flotilla, détenus depuis mars dans le cadre d’une enquête portant sur la gestion de fonds collectés pour une mission d’aide destinée à Gaza. La dégradation de l’état de santé de l’un des détenus, en grève de la faim depuis plus d’un mois, ravive les inquiétudes.
La mobilisation s’est déroulée samedi dans le centre de Tunis. Les manifestants, brandissant des drapeaux tunisiens et palestiniens ainsi que des portraits des quatre détenus, ont demandé leur libération et la fin des poursuites engagées contre eux. Le cortège s’est notamment dirigé de la Maison des journalistes vers l’avenue Habib Bourguiba
Les quatre militants concernés sont Wael Naouar, Nabil Channoufi, Ghassen Henchiri et Ghassen Boughdiri. Ils sont détenus depuis mars dans le cadre d’une enquête judiciaire portant sur des flux financiers liés aux activités de la Global Sumud Flotilla. Selon des informations rapportées par Al Jazeera, l’enquête porte notamment sur l’origine et l’utilisation de fonds collectés pour les opérations de la flottille. Aucun des quatre n’a, à ce stade, été condamné.
L’état de santé de Wael Naouar inquiète
La situation de Wael Naouar, membre du comité de pilotage de la flottille, constitue l’un des principaux motifs d’inquiétude. Il a entamé une grève de la faim le 16 août pour protester contre son maintien en détention. Selon ses avocats et ses soutiens, son état de santé s’est fortement dégradé au fil des semaines.
Les trois autres détenus ont à leur tour entamé une grève de la faim en septembre, selon la Global Sumud Flotilla. L'organisation affirme que les quatre militants protestent contre leur détention et réclament leur libération. Ces affirmations émanent toutefois de leur comité de soutien et ne constituent pas une décision judiciaire sur le fond du dossier.
Le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), Bassem Trifi, qui intervient également dans la défense des détenus, dénonce pour sa part une affaire à dimension politique. Il affirme que les militants doivent être considérés comme des prisonniers de conscience et alerte sur la dégradation de leur état de santé.
Une affaire financière contestée par les soutiens des détenus
Les autorités tunisiennes ont ouvert une enquête sur les fonds recueillis dans le cadre des activités de la flottille. Les investigations portent notamment sur des soupçons d'irrégularités financières. Les soutiens des quatre militants contestent cependant ces accusations et estiment que les poursuites visent, au-delà du volet financier, les activités de solidarité avec les Palestiniens.
Le Comité national de défense des militants de la flottille Soumoud et des droits palestiniens affirme ainsi que les poursuites constituent une tentative de criminaliser les actions de solidarité avec Gaza. Cette interprétation est également défendue par la Global Sumud Flotilla, qui qualifie les accusations de fondées sur des motifs qu’elle juge infondés
La justice tunisienne a par ailleurs prolongé en septembre la détention provisoire des quatre militants de plusieurs mois. La Global Sumud Flotilla a dénoncé cette décision, tandis que les autorités tunisiennes maintiennent que l’affaire relève d’une procédure judiciaire.
La flottille déjà au cœur des tensions
Cette affaire intervient dans le prolongement des initiatives de la Global Sumud Flotilla, mouvement international cherchant à acheminer de l’aide vers Gaza et à contester le blocus imposé au territoire palestinien.
En 2025, une précédente mission avait tenté de rejoindre Gaza avant d’être interceptée par Israël. Les embarcations avaient été saisies et plusieurs militants détenus puis expulsés. En Tunisie, les organisateurs avaient notamment utilisé le port de Sidi Bou Saïd comme point de passage avant le départ de la mission.
En mars 2026, plusieurs organisateurs tunisiens ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête financière. La Global Sumud Flotilla affirme que ces arrestations sont intervenues alors qu’une nouvelle mission maritime était en préparation.
La mobilisation de samedi traduit ainsi la montée des inquiétudes autour du sort des quatre détenus, mais aussi les tensions persistantes en Tunisie autour des activités de solidarité avec les Palestiniens. Pour leurs défenseurs, la priorité est désormais la libération des militants et la prise en charge de ceux dont la santé est jugée préoccupante.