(SenePlus) - Dans une étude publiée le 5 août 2026 par le Migration Policy Institute (MPI), la chercheuse Kirstie Kwarteng analyse la montée des politiques de citoyenneté destinées aux descendants d'Africains réduits en esclavage en Afrique de l'Ouest, à la croisée des enjeux de réparation historique, d'identité et de développement économique.
Depuis 2016, le Ghana, la Sierra Leone, le Bénin et la Guinée-Bissau ont mis en place des dispositifs permettant aux membres de la diaspora historique d'obtenir la nationalité. Au moins 1.213 personnes en ont déjà bénéficié, dont la grande majorité au Ghana. Ces initiatives visent autant à reconnaître l'héritage de la traite transatlantique qu'à attirer des investissements, des compétences, du tourisme et des capitaux issus de la diaspora.
L'étude montre toutefois que ces programmes diffèrent fortement d'un pays à l'autre. Le Bénin est le seul à avoir inscrit ce droit dans une loi, tandis que le Ghana, la Sierra Leone et la Guinée-Bissau s'appuient principalement sur des décisions administratives ou exécutives, rendant les dispositifs plus vulnérables aux changements politiques.
L'analyse met également en lumière plusieurs controverses. L'introduction, puis le retrait, d'une exigence de tests ADN au Ghana, ainsi que l'augmentation des frais de naturalisation, ont suscité de vives critiques au sein de la diaspora. Plus largement, des débats persistent sur la place de la preuve génétique, les coûts d'accès à la citoyenneté et les inégalités entre les différents régimes nationaux.
Au-delà de la dimension symbolique, l'étude souligne que ces politiques sont aussi conçues comme des leviers de développement. Elles s'inscrivent dans une stratégie visant à mobiliser les ressources économiques de la diaspora, dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à réduire leur dépendance à l'aide internationale. Les retombées économiques restent toutefois difficiles à mesurer, même si le Year of Return lancé par le Ghana en 2019 a fortement stimulé le tourisme et les investissements.
Enfin, la chercheuse relève les tensions que peuvent provoquer ces retours, notamment sur le coût de la vie, l'accès au foncier ou encore la perception d'un traitement plus favorable accordé aux descendants de la diaspora historique qu'aux migrants africains installés en Occident. Elle estime que la pérennité de ces politiques passera par des cadres juridiques plus solides, des procédures plus transparentes et une meilleure articulation entre réparation historique, intégration et développement économique.