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Adam Dicko : « Les solutions aux problèmes de l'Afrique doivent être construites par les Africains eux-mêmes »
Dialogue avec la France, société civile, Françafrique et souveraineté africaine : Adam Dicko défend une Afrique qui construit elle-même son avenir, sans renoncer aux échanges avec le reste du monde.
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=WPX6fnq65gI

Figure de la société civile malienne et responsable de la stratégie genre de la Fondation de l'Innovation pour la Démocratie (FID), Adam Dicko revient sur les principaux enseignements des Troisièmes Assises africaines de la démocratie, organisées à Dakar. Défenseure du dialogue entre les peuples, elle plaide pour une Afrique capable de produire ses propres solutions tout en entretenant un dialogue ouvert avec ses partenaires internationaux.

À l'issue des Troisièmes Assises africaines de la démocratie, organisées au Musée Théodore Monod de Dakar, Adam Dicko se félicite du succès de cette édition, qui a rassemblé chercheurs, acteurs de la société civile, jeunes, femmes et décideurs autour des grands défis démocratiques du continent.

« Nous sommes très satisfaits de cette troisième édition. Nous avons réussi à créer une véritable connexion entre le monde universitaire, les praticiens, la société civile, les jeunes et les femmes », souligne la militante malienne.

Interrogée sur la place des Sommets Afrique-France dans le contexte actuel, marqué par la montée des discours souverainistes et le recul de l'influence française sur le continent, Adam Dicko estime que le dialogue demeure indispensable.

« Nous sommes une fondation qui croit au dialogue, qui croit en l'humanité et en la création. Certaines personnes ne croient pas en ces sommets ni en ces espaces de discussion. Mais leurs critiques poussent aussi les organisateurs à innover et à améliorer ces cadres de dialogue », explique-t-elle.

La jeune militante défend notamment le format inauguré lors du Sommet Afrique-France de Montpellier, en 2021, qui avait rompu avec les rencontres traditionnelles entre chefs d'État en donnant une place centrale à la société civile, aux jeunes, aux entrepreneurs et aux intellectuels africains.

Présente à cette rencontre, Adam Dicko s'était fait remarquer en interpellant directement le président français Emmanuel Macron sur les relations entre la France et l'Afrique ainsi que sur les conséquences de l'intervention occidentale en Libye dans la déstabilisation du Sahel.

Pour elle, cette évolution constitue une avancée importante.

« Le fait que ces sommets accordent désormais une place à la société civile est une véritable innovation. Avant, il s'agissait essentiellement de rencontres entre chefs d'État, où les discussions restaient souvent éloignées des préoccupations concrètes des populations. Associer les jeunes, les entrepreneurs et les organisations de la société civile rend ces échanges beaucoup plus pragmatiques. »

Adam Dicko insiste toutefois sur un point essentiel : les réponses aux défis africains ne viendront pas de l'extérieur.

« Nous n'étions pas à Montpellier pour chercher des solutions auprès de la France ou d'Emmanuel Macron. Les solutions aux problèmes de l'Afrique doivent être endogènes. Elles doivent être construites par les Africains eux-mêmes. Nous étions là pour partager nos expériences, dialoguer et confronter nos idées. »

Engagée depuis l'âge de 15 ans, ancienne jeune parlementaire au Mali et fondatrice de l'Association des jeunes pour la citoyenneté active et la démocratie (AJCAD), Adam Dicko milite depuis plusieurs années en faveur de la participation des jeunes et des femmes à la vie publique.

Si elle défend un dialogue sans tabou avec les partenaires internationaux, elle rejette toute forme de dépendance politique.

« Le fait que l'Afrique soit invitée par un autre État n'est pas une faiblesse. Les États africains invitent eux aussi leurs partenaires dans le cadre de sommets bilatéraux. Nous vivons dans le même monde et nous devons multiplier les espaces de dialogue face aux défis communs. »

Enfin, la militante estime que la Françafrique, entendue comme un système de relations privilégiées et opaques entre Paris et certaines anciennes colonies, appartient désormais au passé. Selon elle, les dirigeants africains doivent désormais assumer pleinement leurs responsabilités devant leurs peuples.

Frédéric ATAYODI

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