(AfriquesPlus) - La montée des violences xénophobes en Afrique du Sud provoque un mouvement de retour des migrants zimbabwéens vers leur pays d’origine. Dans une analyse publiée le 5 août 2026 par l’Institute of Development Studies (IDS), Ian Scoones, chercheur associé à l’IDS et auteur du blog Zimbabweland, alerte sur une situation qui pourrait prendre une dimension humanitaire majeure si les violences se poursuivent.
L’auteur revient sur les mobilisations menées par March and March et Operation Dudula, deux mouvements ouvertement hostiles à l’immigration. Ces organisations ont notamment mené des campagnes contre les étrangers qu’elles accusent d’être en situation irrégulière. Selon Ian Scoones, ces actions ont installé un climat de peur et d’intimidation, tandis que des groupes de vigilance s’arrogent parfois le droit de faire justice eux-mêmes : « Les récentes violences xénophobes en Afrique du Sud ont provoqué un exode massif de migrants, notamment vers le Zimbabwe. »
Le phénomène prend désormais une ampleur importante. Le délai fixé au 30 juin par les groupes hostiles aux migrants s’est déroulé sans violences généralisées, mais les attaques n’ont pas cessé. L’analyse de l’IDS souligne que la situation à la frontière avec le Zimbabwe devient préoccupante et qu’une crise humanitaire est en train de se constituer.
Les chiffres disponibles restent cependant incertains. Ian Scoones estime que plus de 100 000 Zimbabwéens auraient déjà regagné leur pays, dont plus de 30 000 à bord de bus organisés par le gouvernement zimbabwéen. Cette première vague pourrait toutefois être loin de représenter l’ampleur réelle du phénomène. L’Afrique du Sud compterait en effet jusqu’à deux millions de ressortissants zimbabwéens, dont une partie importante ne dispose pas de documents officiels. « Mais compte tenu du fait que l’Afrique du Sud pourrait compter jusqu’à deux millions de Zimbabwéens, dont beaucoup sans papiers officiels, ce mouvement pourrait n’être que le début si la situation continue de se détériorer », dit l'auteur.
Pour Ian Scoones, cette crise ne surgit pas de nulle part. Les migrants étrangers vivant en Afrique du Sud, qu’ils travaillent dans l’économie formelle ou informelle, connaissent depuis plusieurs années des conditions difficiles. La dégradation de la situation économique des populations noires sud-africaines alimente également les tensions. Dans ce contexte, les étrangers deviennent facilement des boucs émissaires.
L’auteur insiste également sur la dimension politique du phénomène. Selon lui, certains acteurs politiques entretiennent ou exploitent le ressentiment contre les migrants afin de renforcer leur influence. Il évoque notamment les accusations visant le parti MK et Jacob Zuma, ancien président sud-africain. La question migratoire dépasse ainsi le simple problème de l’immigration clandestine : elle devient un instrument dans les luttes politiques et sociales internes à l’Afrique du Sud. Selon Scoones : « L’hostilité envers les étrangers s’est accrue à mesure que les conditions économiques des populations noires sud-africaines les plus marginalisées se dégradent, tandis que des acteurs politiques attisent les tensions pour servir leurs propres intérêts. »
Cette évolution place le Zimbabwe dans une situation particulièrement délicate. Le pays doit désormais absorber une partie de sa population qui vivait et travaillait en Afrique du Sud. Un retour massif pourrait exercer une pression supplémentaire sur l’emploi, les services sociaux et les ressources disponibles au Zimbabwe, alors même que l’économie du pays reste fragile.
L’analyse publiée par l’Institute of Development Studies met donc en évidence un phénomène qui dépasse la seule question des violences xénophobes. Il révèle les tensions profondes liées à la migration régionale, aux difficultés économiques et à la concurrence politique autour des populations étrangères.
Pour Ian Scoones, l’ampleur de l’exode dépendra largement de l’évolution de la situation en Afrique du Sud. Si les violences et les intimidations persistent, le mouvement de retour des Zimbabwéens pourrait considérablement s’amplifier et transformer une crise sécuritaire en véritable problème humanitaire et économique pour les deux pays.