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Football féminin et maternité : ces femmes qui refusent de choisir entre être mère et jouer au football
Réunies au stade Moulay Hassan, l’entraîneuse Clémentine Touré, mère de deux enfants, et l’internationale algérienne Ikram Aljabi, attaquante au Havre et maman d’une petite fille, ont livré des témoignages poignants sur la maternité...
 
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La maternité peut-elle être compatible avec une carrière de footballeuse ? C’est à cette question, encore trop rarement abordée dans le football africain, qu’a été consacré un épisode du podcast « Born Winners Talk », initié par la Confédération africaine de football (CAF) pendant la CAN féminine. Réunies au stade Moulay Hassan, l’ancienne internationale ivoirienne et entraîneuse **Clémentine Touré**, mère de deux enfants, et l’internationale algérienne Ikram Aljabi, attaquante au Havre et maman d’une petite fille, ont livré des témoignages poignants sur la maternité, la carrière sportive, les difficultés rencontrées et les progrès encore nécessaires. 

Deux générations, deux expériences de la maternité

Clémentine Touré a raconté une expérience particulièrement marquante. Elle a eu son premier enfant alors qu’elle était encore joueuse, puis sa fille lorsqu’elle avait commencé sa reconversion comme entraîneuse. À une époque où les protections et les dispositifs d’accompagnement étaient quasiment inexistants, elle explique avoir caché sa grossesse à ses dirigeants par peur d’être rejetée.

Elle révèle même avoir continué à jouer jusqu’au septième mois de grossesse, sans mesurer pleinement les risques encourus. Malgré les difficultés, elle garde de cette période un souvenir profondément positif, considérant la naissance de son fils comme une expérience qui a enrichi son parcours de sportive et de femme. 

L’expérience d’Ikram Aljabi est différente. Enceinte en 2023, à la fin d’une excellente saison, elle s’est retrouvée sans club pendant toute sa grossesse. Loin de renoncer à sa carrière, elle a continué à se préparer avec l’objectif de revenir au plus haut niveau. Après son accouchement, le Havre lui a accordé un mois de préparation afin qu’elle puisse démontrer qu’elle avait retrouvé ses capacités. Elle a finalement décroché un contrat et s’apprête à entamer sa troisième année au sein du club. 

Du silence et de la peur à l’accompagnement

Les témoignages mettent surtout en évidence l’évolution du football féminin. Clémentine Touré explique qu’à son époque, une joueuse enceinte pouvait craindre de perdre sa place si elle informait ses dirigeants. Les femmes devaient parfois choisir entre leur carrière et leur maternité.

Aujourd’hui, certaines structures commencent au contraire à accompagner les joueuses. Ikram Aljabi cite notamment le soutien reçu du Havre, qui lui a permis de reprendre progressivement et lui a même proposé d’emmener sa fille lors de certains déplacements. Cette attitude lui a permis de retrouver confiance et de reprendre sa carrière dans de bonnes conditions. 

Pour Clémentine Touré, cette évolution est essentielle. Elle souligne que certaines équipes nationales permettent désormais à leurs joueuses de venir en regroupement avec leurs enfants. Elle estime même que la création de structures d’accueil ou de camps pour les enfants de footballeuses lors des compétitions pourrait constituer une nouvelle étape importante.

« Maman » et footballeuse : deux casquettes à assumer

L’un des enseignements majeurs de l’échange réside dans la nécessité de savoir séparer les deux univers. Ikram Aljabi explique qu’elle considère le football comme son métier et la maternité comme un « deuxième métier ». Lorsqu’elle est au football, elle se concentre entièrement sur son activité sportive ; lorsqu’elle rentre à la maison, elle laisse le football de côté pour consacrer son temps à sa fille.

Cette organisation lui permet de transformer ce qui pourrait être une source de pression en véritable motivation. Les difficultés rencontrées sur le terrain sont relativisées par la présence de son enfant, tandis que le football lui permet également de prendre du recul lorsqu’elle rencontre des difficultés dans sa vie familiale. 

Clémentine Touré insiste, elle aussi, sur l’importance de l’organisation. Pour elle, vie familiale et vie professionnelle doivent pouvoir coexister sans que l'une ne fasse disparaître l'autre. Elle estime qu’une bonne gestion du temps et des responsabilités permet de réduire la pression et de préserver l’équilibre personnel. 

La famille avant tout

Pour Ikram Aljabi, la maternité a profondément modifié les priorités. Elle affirme clairement que la famille passe avant tout. Elle considère que la naissance de son enfant lui a donné une autre vision de la vie et qu’elle serait désormais prête à arrêter le football si sa carrière devait un jour entrer en contradiction avec le bien-être de sa fille.

Cette nouvelle responsabilité modifie également la manière d’aborder la pression sportive. Pour Clémentine Touré, les problèmes familiaux peuvent directement influencer les performances d’une joueuse. Une footballeuse préoccupée par des difficultés à la maison ne peut pas offrir le même rendement sur le terrain. À l’inverse, lorsqu’elle bénéficie du soutien de sa famille, elle peut évoluer avec davantage de sérénité et de confiance. 

L’Afrique doit encore changer les mentalités

Si des progrès sont visibles, les intervenantes estiment que le football africain accuse encore un retard important dans l’accompagnement des footballeuses-mères.

Ikram Aljabi estime notamment que, contrairement à certains pays comme les États-Unis où être mère et footballeuse est devenu relativement normal, la maternité reste encore perçue en Afrique comme une menace pour la carrière sportive. Certaines joueuses retarderaient ainsi leur maternité par peur de perdre leur place dans le football. 

Clémentine Touré va plus loin en soulignant le poids des mentalités familiales. Dans plusieurs sociétés africaines, explique-t-elle, certaines familles continuent de considérer que la place de la femme est d’abord au foyer. La jeune footballeuse doit donc parfois convaincre son entourage qu’elle peut à la fois construire une carrière sportive et fonder une famille.

À cette question culturelle s’ajoute une difficulté économique. Dans de nombreux pays africains, les footballeuses ne bénéficient pas encore de conditions salariales suffisantes pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. Cette précarité peut pousser certaines jeunes femmes à abandonner leur carrière après un accouchement. 

Clémentine Touré, un parcours contre les barrières

Le témoignage de Clémentine Touré ne se limite pas à la maternité. Son parcours d’entraîneuse illustre également les obstacles auxquels les femmes peuvent être confrontées dans le football africain.

Lorsqu’elle a voulu obtenir son premier diplôme d’entraîneuse en Côte d’Ivoire, elle raconte avoir été refoulée parce qu’elle était une femme. Elle a insisté, obtenu le soutien de dirigeants et finalement été autorisée à passer l’évaluation dans les mêmes conditions que les hommes. Elle a réussi son diplôme.

Son parcours s’est poursuivi jusqu’à la licence CAF Pro, dans un environnement où elle explique avoir souvent été la seule femme parmi les candidats masculins. Elle évoque également d’autres formations auxquelles elle n’avait initialement pas été autorisée à participer en raison de son sexe. Pour elle, ces expériences ont renforcé sa détermination à démontrer que les femmes sont capables d’occuper les mêmes fonctions et d'atteindre les mêmes niveaux de qualification que les hommes. 

 La CAF et le football féminin : des progrès à consolider

Les deux intervenantes reconnaissent toutefois les avancées enregistrées ces dernières années. Clémentine Touré salue notamment les efforts de la CAF dans la formation et l’encadrement des femmes, ainsi que l’organisation de compétitions féminines dans différentes catégories d’âge.

L’élargissement de la CAN féminine de 12 à 16 équipes est également présenté comme le symbole d’une discipline qui gagne en importance. La multiplication des compétitions permet aux sélections africaines de se confronter davantage aux meilleures équipes et de réduire progressivement les écarts de niveau. 

Pour Clémentine Touré, le changement se manifeste aussi dans les conditions accordées aux sélections nationales : équipements, hébergement et traitement des équipes féminines connaissent des améliorations. Elle se dit ainsi optimiste quant à l’avenir du football féminin africain, aussi bien pour les joueuses que pour les entraîneuses et les autres femmes qui travaillent dans le secteur. 

Un message d’espoir pour la nouvelle génération

Au terme de cet échange, un message se dégage clairement : une femme ne devrait plus avoir à choisir entre sa maternité et sa passion pour le football.

Les expériences de Clémentine Touré et d’Ikram Aljabi montrent que les mentalités peuvent évoluer. Mais elles montrent également que cette évolution doit être accompagnée par des mesures concrètes : protection des joueuses enceintes, maintien des contrats, accompagnement après l’accouchement, prise en charge des enfants lors des déplacements, amélioration des conditions économiques et sensibilisation des familles.

Le football féminin africain est en pleine transformation. La progression des compétitions, l’investissement de la CAF et l’émergence de nouvelles générations de joueuses contribuent à faire tomber progressivement les barrières. Mais, comme le rappelle ce podcast, le véritable progrès ne sera complet que lorsque la maternité ne sera plus considérée comme un obstacle à la carrière d’une footballeuse.

Les parcours de Clémentine Touré et d’Ikram Aljabi constituent, à ce titre, bien plus que de simples témoignages : ils sont un encouragement adressé à toutes les jeunes Africaines qui rêvent de jouer au football sans devoir renoncer, un jour, à leur vie de famille.

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